Les modes de fonctionnement sur notre lieu de travail doivent changer
Malgré toutes les difficultés que nous pouvons rencontrer dans ce travail, il n’existe aucun endroit où déposer une réclamation. Certains interprètes supportent leurs épreuves et persévèrent, d’autres choisissent tout simplement d’arrêter. J’espère quant à moi que nous arriverons à empêcher cette situation de perdurer, et à faciliter la tâche de la prochaine génération d’interprètes judiciaires en améliorant la façon dont ils sont traités et la rémunération qu’ils perçoivent.
En mars 2018, j’ai interviewé des interprètes judiciaires des Pays-Bas. J’ai appris qu’ils doivent passer des tests de compétences pour devenir interprètes et, avant d’être agréés comme interprètes judiciaires, fréquenter des établissements d’enseignement spéciaux où ils suivent des cours sur le droit pénal et les lois applicables aux étrangers dans leur pays. Je souhaite que les tribunaux japonais s’inspirent de ce genre d’exemples pour accroître la fréquence des formations offertes aux interprètes et prendre des dispositions pour évaluer leur travail tant en termes de connaissances juridiques que d’aptitude à l’interprétation. J’espère en outre voir les procureurs et les avocats se montrer plus compréhensifs à l’égard des interprètes, et plus coopératifs aussi.
Certains pensent que l’interprétariat judiciaire devrait être une activité occasionnelle, comme le volontariat. Mais c’est un point de vue erroné : il s’agit d’une tâche importante, qui s’accompagne de responsabilités et mérite d’être correctement rémunérée. Aux jeunes gens qui envisagent de faire carrière dans les services liés aux langues, je recommande d’aller au tribunal le plus proche de leur domicile pour assister à un procès qui nécessite l’intervention d’un interprète. Les bureaux d’accueil de tous les tribunaux proposent des calendriers des séances ; tout le monde peut les consulter et assister, dans la limite des places disponibles, à un procès. Les tribunaux de district de Tokyo, Yokohama, Nagoya, Osaka et d’autres grandes villes traitent en général chaque jour plusieurs affaires où comparaissent des étrangers requérant les services d’un interprète. La rencontre avec l’atmosphère dans laquelle se déroule notre travail peut certes constituer une pénible expérience, mais s’il y a ne serait-ce qu’une personne pour observer un interprète judicaire en action, constater à quel point il joue un rôle indispensable dans le déroulement d’un procès et décider que « c’est-ce que je veux faire moi aussi », alors nous serons enchantés de l’accueillir dans nos rangs.
(Article à l’origine écrit en japonais. Illustration : Enomoto Yoshitaka – Dans cette image, l'interprète judiciaire est assise à côté du greffier, en face de la barre des témoins, devant les sièges surélevés du juge et des jurés civils.)