Des émigrés contraints de renoncer à leur citoyenneté japonaise
Dans la pratique, toutefois, il s’est avéré que l’interdiction de la double nationalité posait fréquemment des problèmes aux émigrés japonais qui, après avoir été employés comme travailleurs manuels dans leur nouveau pays, envisageaient de changer d’orientation. Avec les économies accumulées au bout de plusieurs années de travail, il arrivait en effet que certains émigrants souhaitent acquérir une ferme ou un commerce. C’est alors que la citoyenneté devenait souvent un problème, aussi bien aux États-Unis que dans des pays d’Amérique du Sud comme le Brésil ou le Pérou. Pour pouvoir changer de statut, les émigrés devaient dans bien des cas se faire naturaliser. Mais, pour ce faire, il leur fallait renoncer à leur nationalité japonaise.
Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague d’émigrés japonais est arrivée en Amérique latine, où nombre d’entre eux se sont heurtés à l’obligation de se faire naturaliser pour devenir propriétaires de leurs fermes ou occuper certaines positions dans la hiérarchie des entreprises ou des coopératives agricoles. Depuis une vingtaine d’années, j’entends des Japonais émigrés au Brésil m’expliquer qu’ils ont renoncé à la nationalité japonaise non pas parce qu’ils le souhaitaient mais parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix s’ils voulaient conserver leurs biens, et me dire que, même aujourd’hui, ils aimeraient être reconnus comme citoyens japonais.
Il arrive que des étrangers vivant au Japon se trouvent eux aussi obligés de changer de nationalité pour des raisons professionnelles. Pour prendre un exemple, la Loi sur l’exploitation minière interdit aux étrangers de posséder une mine, et l’accès à la fonction publique leur est également fermé. Jusque récemment, en outre, les épouses étrangères des diplomates japonais devaient se faire naturaliser pour pouvoir accompagner leurs maris dans les pays où ils étaient nommés.
La double nationalité tend à être mieux acceptée
Depuis quelques années, l’attitude en ce qui concerne la nationalité a beaucoup changé un peu partout dans le monde, à mesure que des pays de plus en plus nombreux adoptaient la double nationalité. Elle est désormais reconnue par une majorité écrasante des membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Dans le même temps, divers pays ont pris des mesures pour maintenir des liens avec leurs émigrés. On peut mentionner à titre d’exemple la « Loi sur les compatriotes à l’étranger » adoptée en 1999 par la Corée du Sud, qui autorise le retour des anciens ressortissants dans leur pays d’origine, où ils peuvent résider avec des garanties statutaires. Cette loi a été adoptée au lendemain de la crise financière asiatique, qui a contraint la Corée du Sud à solliciter du Fonds monétaire international (FMI) un plan de sauvetage financier et à accepter en contrepartie un contrôle sévère par cette institution. La loi avait pour objectif d’encourager les anciens Sud-Coréens à investir dans leur pays d’origine. Le Mexique a adopté une politique similaire à la fin des années 1990, et il a lui aussi simplifié les démarches requises de ses anciens ressortissants pour recouvrer la nationalité mexicaine.