Des stérilisations pratiquées sans le consentement du patient

Pendant la période de l’après-guerre, certains membres de la Diète ont eu peur que la qualité de la population japonaise se dégrade en raison d’une « mauvaise sélection ». Pour répondre à cette crainte, la Loi de protection eugénique a imposé des mesures plus contraignantes à certains égards que celles de la législation nazie. Les médecins ont obtenu le droit de recommander des stérilisations aux commissions de protection eugénique. Celles-ci effectuaient par la suite une enquête et donnaient ou non leur accord. La stérilisation était pratiquée non seulement sur des personnes atteintes de pathologies mentales héréditaires mais aussi sur les autres malades mentaux. Aucun avis n’était demandé aux intéressés et les opérations étaient effectuées sans leur consentement.

Au début des années 1970, il y avait encore des praticiens et des directeurs d’établissements psychiatriques japonais qui étaient persuadés que la stérilisation chirurgicale était une réponse appropriée aux maladies mentales dans l’intérêt à la fois des patients et du pays tout entier. Ils continuaient alors à recommander chaudement ce traitement. Beaucoup de gens ont ainsi été stérilisés sans la moindre explication, y compris des mineurs, des malades mentaux, des handicapés et des enfants indigents.

Arrivé au milieu des années 1950, les médecins japonais procédaient à plus de 1 000 stérilisations chirurgicales forcées par an. Ce chiffre a ensuite diminué de façon régulière si bien que dans les années 1980, cette pratique avait quasiment disparu. Il a fallu toutefois attendre le 18 juin 1996 pour que la Loi de protection eugénique soit abrogée et remplacée par la Loi de protection maternelle (littéralement « loi de protection du corps de la mère »). À cette date, 16 250 personnes avaient été stérilisées de force en vertu de la « politique eugénique scientifique » appliquée par le Japon pendant 48 ans.

La politique eugénique au Japon : les grandes dates

1940 Adoption de la Loi nationale sur l’eugénisme
1948 Adoption de la Loi de protection eugénique
Vers 1955 Le nombre des stérilisations forcées atteint le chiffre historique de 1 000 par an.
Années 1970 Le gouvernement propose un texte de loi interdisant les avortements pour raisons économiques et autorisant l’interruption de grossesse pour les fœtus malformés, mais il est rejeté par la Diète.
1996 Les clauses concernant l’eugénisme de la Loi de protection eugénique sont abrogées et le nouveau texte prend le nom de Loi de protection maternelle.
2015 Une septuagénaire stérilisée de force demande de l’aide à la Fédération japonaise des associations du barreau (JFBA).
2016 Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes de l’ONU demande au gouvernement japonais de dédommager les victimes de stérilisation forcée.
2017 La Fédération japonaise des associations du barreau demande au gouvernement d’agir rapidement pour présenter des excuses et offrir des dédommagements aux victimes de stérilisation forcée.
Janvier 2018 Une femme d’une soixantaine d’années, stérilisée de force en 1972, à l’âge de 16 ans, intente une action en justice contre l’État japonais au tribunal de district de Sendai, en demandant des dédommagements. Une première au Japon.

(Tableau réalisé par Nippon.com)