Le désespoir des mères célibataires
Dans ces trois affaires, les parents eux-mêmes ont subi des violences ou été délaissés dans leur enfance, et ils ont grandi dans l’isolement. Une fois adulte, ils ont continué de se trouver confrontés à de nombreuses difficultés et ont dû se battre pour accéder à une situation stable au sein de la société. Et dans les trois cas, ils ont choisi de garder ces difficultés secrètes. Même s’ils avaient eu recours aux services publics quand leur situation était relativement viable, ils ne voulaient plus (ou ne pouvaient plus) leur demander de l’aide à partir du moment où les choses avaient mal tourné.
Les mères, y compris dans le cas récent survenu à Meguro, étaient toutes adolescentes ou à peine plus âgées à la naissance de leur enfant. C’étaient des femmes qui n’avaient pas bénéficié du genre d’éducation qui aurait pu faciliter leur insertion dans la société adulte. Elles avaient tenté de se faire une place en se mariant et en démarrant une famille à un très jeune âge. Mais pour ce genre de femmes, le risque est grand de sombrer dans la pauvreté quand leur mariage se brise et qu’elles tentent de subvenir seules à leurs besoins et à ceux des enfants qu’elles ont à charge.
Si dans l’affaire d’Osaka, la mère a échoué dans le commerce du sexe, cela tient en partie à la réalité même de la société contemporaine, où les femmes ont du mal à gagner suffisamment d’argent pour élever seules leurs enfants. Bien des femmes, et notamment des mères célibataires, travaillent dans le commerce du sexe pour la simple raison qu’il leur est difficile de se procurer un revenu régulier dans d’autres activités professionnelles. Il n’y a guère de barrières à l’entrée dans le marché du sexe, mais les femmes qui y travaillent n’ont aucun droit en tant que travailleuses et se voient traitées comme de simples marchandises. En cours de route, il arrive souvent qu’elles ne soient plus en mesure de donner à leurs enfants l’affection et l’attention dont ils ont besoin. Et l’idée de recevoir une assistance publique en tant que mère célibataire suscite souvent beaucoup de réticence. Il est en outre probable que ces femmes se sentent tenues psychologiquement de cacher leur incapacité à remplir leur rôle de mères.
Se répandre en invectives contre ces personnes en les accusant d’être des monstres et d’incarner le « mal » ne fera pas avancer les choses. La réalité est qu’elles n’ont eu ni le temps ni l’argent pour élever correctement leurs enfants, et que l’assistance de base qu’elles étaient en droit d’attendre des services publics leur a fait défaut.