Construire un réseau de soutien aux jeunes parents
Ce n’est pas la première fois que de tels cas de mauvais traitements infligés à des enfants scandalise et occupe le devant de la scène médiatique. Au début des années 1970, le public a été tout autant fasciné qu’horrifié par les affaires des « bébés de la consigne automatique », dans lesquelles des nouveaux-nés avaient été abandonnés dans des casiers de consigne automatique de gares. Selon une étude effectuée en 1973 par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, 251 enfants âgés de moins de trois ans étaient morts victimes de violences ou de délaissement, imputables dans la majorité des cas à des membres de la famille. Le nombre total des enfants maltraités était considérablement plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui.
En fait, dans les 23 municipalités du centre de Tokyo, les chiffres enregistrés entre 2005 et 2014 indiquent que les femmes enceintes et les femmes venant d’accoucher avaient trois fois plus de risques de mourir de suicide que de maladie. La grossesse peut conduire les femmes socialement défavorisées au désespoir – ce constat n’a pas changé depuis l’époque des bébés de la consigne automatique. Si la mère meurt seule, c’est un suicide. Si elle emporte son bébé avec elle dans la mort, ceci s’assimile à un suicide conjoint (shinjû). Si la mère reste en vie mais que le bébé meurt, nous sommes dans un cas de maltraitance d’enfant. Et le plus souvent, les enfants qui meurent victimes de mauvais traitements ont moins d’un an.
Depuis l’affaire survenue au début de l’année à Meguro, des mesures ont été prises pour promouvoir les Centres de protection infantile et élargir l’éventail des services qu’ils sont à même de fournir. C’est une excellente initiative, mais la politique la plus efficace que le gouvernement pourrait appliquer consisterait d’une part à prendre des dispositions pour aider les jeunes à mieux s’intégrer dans la société, en leur procurant des moyens pour faire des rencontres et demander de l’aide en toute confiance, et d’autre part à mettre en place un dispositif assurant que l’éducation des enfants n’est plus seulement l’affaire des parents mais aussi celle de la société tout entière. Lorsque des parents se sentent marginalisés, la frustration et le désespoir peuvent les amener à faire montre d’une violence affreuse à l’égard de leurs enfants, qui sont les membres les plus vulnérables de la société.
En 2016, la Loi sur la protection de l’enfance a été remaniée de façon à donner la priorité aux droits et aux intérêts de l’enfant. En 2017, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a adopté une nouvelle approche des soins à prodiguer aux enfants dans le cadre de la société à venir, et exposé par la même occasion les grandes lignes des processus grâce auxquels les idéaux de la protection de l’enfance pourront s’inscrire dans la réalité.
Cette approche a notamment pour objectif d’augmenter le nombre de parents nourriciers et de développer le recours au « système spécial d’adoption », de façon à réduire le nombre des enfants placés en institutions. On a beaucoup parlé de cet aspect du projet, mais il prévoit aussi de doter l’ensemble du territoire de « centres de soutien global à l’enfant et à la famille », de renforcer les compétences des travailleurs sociaux et d’instaurer une collaboration avec des médecins, des volontaires et d’autres secteurs de la collectivité en vue de créer un vaste réseau de soutien qui aidera les familles à élever leurs enfants.
L’idée selon laquelle c’est aux familles et uniquement à elles qu’il incombe d’éduquer les enfants est profondément enracinée dans la société japonaise. Bien des parents ont intériorisé cette façon de penser. Par conséquent, quand surgissent des difficultés, ils ont du mal à demander de l’aide.
L’éducation des enfants est une tâche qui requiert le soutien de la société tout entière. Si davantage de gens en venaient à admettre cette idée, il est certain qu’à long terme, le risque se réduirait de voir se reproduire des affaires aussi horribles que celles que nous avons évoquées. En même temps, cela diminuerait le nombre d’enfants perdant la vie dans des circonstances aussi tragiques.
(Photo de titre : des personnes déposent des fleurs devant l’immeuble où vivait Funato Yua, décédée en mars 2018 après avoir souffert de maltraitance par ses parents. Photo prise le 8 juin 2018. © Tamaki Tatsurō, Mainichi Shimbun/Aflo.)