Communiquer sans craindre les critiques

En 2018, quand mon documentaire A Whale of a Tale a été projeté en salles aux États-Unis, il a été mieux accueilli que je ne l’aurais imaginé. Il se déroule à Taiji, un petit village de 3 000 habitants dans la préfecture de Wakayama, et dépeint l’impact des nombreux activistes étrangers qui viennent y exprimer leur opposition à la chasse aux dauphins, une activité pratiquée depuis plus de 400 ans en ce lieu (voir notre article sur le sujet).

De nombreux spectateurs ont expliqué que, s’ils continuaient à souhaiter l’arrêt de la chasse aux cétacés, ils reconnaissaient que les Occidentaux tuaient de nombreux animaux d’élevage pour se nourrir, et qu’ils ne trouvaient pas normal d’aller imposer leur point de vue à un petit village japonais, sous prétexte que tuer des dauphins serait barbare. Ils appréciaient de voir cette question abordée d’un point de vue différent. Ces réactions prouvent l’importance de l’information. Il est nécessaire de communiquer, sans craindre les critiques.

Projection de A Whale of a Tale devant une salle comble en août 2018 à New York, organisée par l’Asia Society. (Photo fournie par Sasaki Megumi)

La question de la chasse à la baleine est symbolique d’un problème plus large. Dans un monde où la population ne cesse d’augmenter, qui a le droit de décider, et sur quelles bases, ce qu’on peut ou non utiliser pour se nourrir ? À l’heure où la globalisation atteint jusqu’aux moindres recoins de la planète, quelle place accorder aux cultures et aux traditions qui s’écartent du modèle global ? Entre les standards mondiaux et les spécificités locales, lesquels doivent primer ?

Nous possédons tous des valeurs différentes, basées sur l’appartenance ethnique, la religion, la nationalité… Rien ne nous oblige à adhérer à d’autres valeurs. Mais il faut accepter la différence et coexister avec, sans la rejeter. C’est cela, reconnaître la diversité, et nous devons continuer à l’expliquer et à maintenir le dialogue. La coexistence n’a pas été possible au sein de la CBI, mais elle le sera au sein de la société civile, à condition d’y consacrer le temps et les efforts nécessaires.

(Photo de titre : une baleine de Minke capturée dans le Pacifique nord est déchargée au port de Kushiro, à Hokkaidô, le 4 septembre 2017.)