Les événements politiques des trois dernières décennies

Année Principaux événements politiques de l’ère Heisei
1989  Début de l’ère Heisei consécutive au décès de l’empereur Hirohito (1901-1989). Adoption de la taxe à la consommation.
Manifestations pour la démocratie sur la place Tian’anmen de Pékin. Chute du mur de Berlin.
1991 Début de la guerre du Golfe. Effondrement de l’Union soviétique.
1993 Hosokawa Morihiro devient Premier ministre sans être affilié au Parti libéral-démocrate (PLD). Une première depuis près de 40 ans au Japon.
Mise en place de l’Union européenne.
1994 Adoption de quatre lois réformant le monde politique japonais, en particulier son système électoral.
1995 Tremblement de terre de Kobe. Attentat au gaz sarin perpétré dans le métro de Tokyo par la secte Aum (voir notre article lié).
1997 Faillites de la banque Hokkaidô Takushoku et du courtier Yamaichi Securities (voir notre article lié).
2001 Rationalisation de l’édifice de l’administration centrale japonaise réorganisée sous la forme d’un bureau du Cabinet et de 12 ministères.
Les États-Unis sont victimes des attaques terroristes du 11 septembre.
2002 Le Premier ministre Koizumi Junichirô se rend à Pyongyang et signe la Déclaration de Pyongyang entre la Corée du Nord et le Japon.
Douze des États membres de l’Union européenne adoptent l’euro en tant que monnaie. Les nouveaux billets et les nouvelles pièces entrent en circulation le 1er janvier.
2003 Début de la guerre en Irak.
2008 La faillite de la banque Lehman Brothers déclenche une crise économique mondiale.
2009 Le Parti démocrate du Japon (PDJ) remporte les élections législatives et forme un gouvernement.
2011 Le nord-est du Japon est dévasté par un très fort séisme suivi d’un gigantesque tsunami, engendrant la catastrophe de Fukushima.
2012 Retour au pouvoir du PLD. Abe Shinzô redevient Premier ministre.
2016 Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis (voir notre dossier lié).

Tableau établi par Nippon.com

De l’alternance du pouvoir au rôle prépondérant du Bureau du premier ministre

Les réformes institutionnelles opérées par le Japon au cours de l’ère Heisei ont profondément modifié le visage politique du pays. La mise en place de circonscriptions électorales à siège unique a permis d’envisager la possibilité de battre le Parti libéral-démocrate. Et c’est exactement ce qui s’est passé en 2009, quand le Parti démocrate du Japon, fondé en 1996, a remporté les élections et formé un gouvernement. Du coup, l’exercice du pouvoir à l’intérieur du PLD et du PDJ a été davantage centralisé. À preuve le refus du Premier ministre Koizumi Junichirô d’apporter son appui aux candidats qui ne voulaient pas soutenir son programme de privatisation de la poste, en 2005. L’autorité sans faille dont jouit le Premier ministre Abe Shinzô au sein du PLD montre elle aussi à quel point la fonction de président du parti a pris de l’importance.

Koizumi Junichirô – Premier ministre du 26 avril 2001 au 26 septembre 2006 – a su habilement profiter du surcroit de pouvoir donné au bureau du Premier ministre pour faire progresser les réformes qu’il avait prévues. Les directives politiques venaient non plus de l’administration centrale mais du bureau du Premier ministre assisté par le secrétaire général du Cabinet et les ministres d'État spécialement appointés par le chef du gouvernement. C’est ainsi que Koizumi Junichirô a pu nommer Takenaka Heizô d’abord ministre d’État chargé de la politique économique et fiscale (2001) puis ministre d’État chargé des services financiers (2002), avant même qu’il ne soit élu à la Diète (2004). Les projets du Premier ministre étaient mis en œuvre par le Bureau du Cabinet et certains commençaient déjà à penser que cet organe avait pris trop d’importance. Le temps était révolu où le chef du gouvernement japonais assistait en spectateur aux batailles politiques mettant aux prises les ministères et où c’était le ministère des Finances qui avait toujours le dernier mot.

L’effritement de l’opposition

En l’espace de trente ans, le système de décision politique japonais a progressé, mais on ne peut pas vraiment dire que cela a permis à l’Archipel de se mettre au diapason de l’évolution de la situation dans le monde. L’incapacité des hommes politiques japonais à faire preuve d’une plus grande réactivité peut être attribuée à deux facteurs.

Le premier est que certains secteurs sont restés hors de portée des réformes du système électoral et de l’administration ou bien qu’ils ont pris des mesures pour les entraver et, ce faisant, diminué leur impact. C’est ainsi qu’en 1999, la Banque du Japon (BoJ) a acquis son indépendance vis-à-vis du gouvernement japonais, ce qui a contribué par la suite à compliquer la tâche des dirigeants du pays. Par ailleurs, les initiatives politiques du gouvernement ont été systématiquement bloquées chaque fois qu’il était divisé, du fait que la réforme du système électoral n’a pratiquement pas affecté la Chambre des conseillers.

Le second facteur à l’origine du manque de réactivité des politiciens japonais est dû à une conséquence imprévue des réformes. Le système mixte combinant un scrutin uninominal majoritaire à un tour avec un scrutin proportionnel plurinominal mis en place s’est en effet avéré incompatible avec un bipartisme viable, parce que les membres de l’opposition ont tendance à former des petits groupes dissidents dans l’espoir de remporter des sièges à la proportionnelle. Du coup, les élus de la Diète ne se sentent plus tout à fait contraints de rester affiliés à l’un des deux grands partis politiques.

Par ailleurs, certains hommes politiques de la majorité ayant eu l’occasion de se retrouver dans l’opposition, ils redoutent de finir à nouveau dans la même situation. Prêts à tout pour rester au pouvoir, ils préfèrent faire des promesses idylliques aux électeurs plutôt que de débattre avec leurs adversaires sur les mérites respectifs de leurs positions. Et les chances de l’administration d’appliquer des mesures nécessaires mais impopulaires, comme une hausse de la taxe à la consommation, ont diminué d’autant.

Un nouveau défi politique pour une nouvelle ère

Durant l’ère Heisei, le Japon a considérablement transformé son système politique mais pas suffisamment pour être en mesure de réagir de façon active et efficace face à l’évolution du monde et de la société. L’électorat japonais semble de plus en plus lassé par les réformes qui n’en finissent pas et on commence même à entendre parler des « 20 ans perdus » de l’ère Heisei.

La présence prolongée d’Abe Shinzô au poste de Premier ministre a certes apporté un moment de répit après la période de turbulences politiques qui avait précédé. Mais elle n’a pas non plus fait beaucoup progresser les choses. Qui plus est, le semblant de stabilité politique actuel fait bien pâle figure comparé à la domination sans partage exercée par le PLD du temps du système instauré en 1955. En fait, c’est une accalmie bien chère payée si l’on considère que ce dont le Japon a vraiment besoin, c’est de la capacité à s’adapter au rythme du monde en perpétuel changement qui l’entoure. Se montrer plus réactif tout en s’attaquant aux secteurs où les réformes ont échoué, voilà sans doute le prochain grand défi que les dirigeants politiques de l’Archipel vont devoir relever au cours de la nouvelle ère qui va s’ouvrir.

(D’après un article en japonais. Photo de titre : le Premier ministre Hosokawa Morihiro, à droite, et Kôno Yôhei, président du Parti libéral-démocrate, échangent des documents signés le 29 janvier 1994 à la Diète japonaise, dans le cadre de la réforme du système politique japonais. Jiji Press)