Éclipsés par les sardines du début de l’été
Les prix de gros pour les premières cargaisons de balaou allaient de 40 à 200 yens la pièce, soit environ un tiers de moins que l’année dernière. Déçu par la qualité, un vendeur aux enchères expérimenté conseillait à ses clients de se tourner vers les sardines de Hokkaidô. Cette année, le Japon a bénéficié d’une capture exceptionnelle de sardines, avec des poissons pesant jusqu’à 170-180 grammes, une belle performance pour cette espèce. La qualité des prises était telle que les acheteurs ont inventé un surnom pour ce poisson : « sardine de la saison des pluies », en référence à la période de l’année où elles avaient été débarquées. Le vendeur leur a donné bien volontiers son approbation, clamant haut et fier qu’elles étaient « dodues et fraîches ».
Un employé de « Ryû », un restaurant à sushi qui remonte au précédent marché de Tsukiji, fit cette observation sur la popularité du poisson : « Les sardines de la saison des pluies sont assurément dodues, mais cette année, la qualité des prises est restée élevée tout au long de la saison, si bien qu’on les achète en continu. »
En revanche, le balaou en provenance de ports comme Nemuro et Ôfunato, dans la préfecture d’Iwate, reste menu, même si sa taille s’améliore peu à peu.
Abandonner le balaou au profit du saumon coho
Tous les ports de pêche situés sur le littoral que longe la route de migration du balaou n’ont pas fait sortir leurs flottilles dès le début de la saison, et certains endroits, comme Onagawa dans la préfecture de Miyagi, ont décidé de n’accepter absolument aucune prise d’été. Cela a incité l’association locale des pêcheurs de balaou d’Onagawa à prendre la décision de ne pas commencer la pêche en début de saison, par souci de la qualité du poisson et de la difficulté à écouler les prises.
Un représentant du port d’Onagawa a déclaré que, même lorsque les prises sont bonnes, la demande de balaou ne démarre, en règle générale, qu’après les vacances de la période O-bon, à la fin du mois d’août. Le saumon coho, quant à lui, rapporte davantage en juin et juillet, et le port a connu des captures de 100 tonnes de saumons pendant plusieurs jours d’affilée.
Le fabuleux poisson d’automne
D’après un représentant de l’association des pêcheurs, des bateaux traquent le balaou de début de saison très loin du littoral japonais, en eaux internationales à environ 160 degrés de longitude est. Toutefois, hors de la ZEE du Japon, les bateaux japonais doivent rivaliser avec les navires chinois et taïwanais qui pêchent dans la même zone.
J’ai entendu une personne active dans la distribution avertir des représentants de l’État que, si les opérateurs japonais se trouvent en concurrence avec des bateaux étrangers, le risque d’une baisse des prises d’automne est bien réel. L’Agence japonaise de la pêche a cherché à apaiser ces craintes en assurant aux parties concernées que le balaou suit différentes routes de migration et que tous les bancs de poissons ne restent pas à proximité du littoral japonais.
En dépit de l’affirmation des autorités que la pêche précoce du balaou n’a pas un impact significatif sur les prises d’automne, les sonnettes d’alarme retentissent d’un bout à l’autre du secteur. Au milieu du mois de juillet, la Commission de la pêche du Pacifique Nord, une organisation internationale regroupant huit pays et régions, dont le Japon, a pris l’initiative de plafonner les prises à 556 000 tonnes. La décision de prendre des mesures telles que les quotas par pays, considérés par certains comme un pas en avant vers une gestion durable des stocks, ne sera pas envisagée avant l’année prochaine, et reste la question du niveau de la limite globale, plus élevé que celui des prises récentes.
Des chercheurs ont suggéré que les stocks ont été affectés par l’augmentation de la température des eaux et d’autres changements survenus dans l’environnement marin. Beaucoup estiment que les grandes captures sont un phénomène du passé et que l’époque où l’automne apportait sa cargaison de balaous savoureux et bon marché touche à sa fin.
Alors que la demande de produits de la mer ne cesse de grimper un peu partout dans le monde, notamment en Chine, la consommation de poisson décline au Japon. Avec l’essor des produits de la mer congelés et issus de l’élevage, l’association de certaines espèces de poisson avec les saisons est en train de disparaître. La baisse des stocks de balaou du Pacifique représente à la fois une opportunité de mettre au point des mesures efficaces de gestion des ressources et de reconsidérer les habitudes alimentaires des Japonais.
(Voir également notre autre article sur le sujet : La gestion des ressources halieutiques cruciale pour l’avenir de la pêche japonaise)
(Photo de titre : le Festival du balaou de Meguro, un événement populaire de l’automne à Tokyo)

