De grandes avancées dans la politique économique et de sécurité, malgré quelques scandales
En ce qui concerne l’héritage de M. Abe, il est probable que, plus que tout ce que nous venons de mentionner, on retiendra ses initiatives en vue de permettre au Japon d’exercer, sous certaines conditions, son droit à la légitime défense collective, par exemple en 2014 en réinterprétant la Constitution de façon à permettre au Japon de prendre de tels engagements, et en septembre 2015 en faisant passer une nouvelle législation sur la sécurité nationale. Sous la houlette de M. Abe, Tokyo a resserré ses liens avec Washington en matière de sécurité.
Et, après le retrait unilatéral des États-Unis du partenariat Trans-Pacifique, c’est le gouvernement Abe qui a pris la tête des initiatives qui ont mené à la conclusion formelle, en mars 2018, de l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique avec tous les autres pays signataires du PTP. Cet accord, a été suivi, sur le front des échanges commerciaux, par l’Accord de partenariat économique Japon-UE, entré en vigueur en février 2019.
Dans la région indo-pacifique, Abe Shinzô a renforcé les liens du Japon avec l’Australie. Sous l’étendard de la stratégie baptisée « Indo-pacifique libre et ouvert », son gouvernement s’est employé à resserrer les liens de coopération économique avec d’autres pays de la région. Il faut rappeler, bien entendu, que la situation s’est par ailleurs dégradée à divers égard sous la houlette du leader japonais : détérioration des relations nippo-coréennes, stagnation des négociations du Japon visant à la formalisation d’un traité de paix avec la Russie et incapacité à trouver une issue à des problèmes tels que le retour des Japonais enlevés par la Corée du Nord. Globalement, toutefois, son palmarès est positif dans un large éventail de secteurs.
Certaines décisions de son gouvernement étaient entachées, il est vrai, d’un manque de transparence – par exemple la découverte en arrière-plan de l’appui du Premier ministre pour la construction d’une école vétérinaire par Kake Gakuen (société éducative), une révélation qui a suscité de violentes critiques contre M. Abe et son gouvernement.
Une autre affaire a éclaté à propos d’une transaction dont les péripéties sont elles aussi difficiles à retracer : la vente par l’État, à un tarif nettement inférieur aux prix du marché, d’un terrain d’Osaka à un autre établissement scolaire, l’école Morimoto Gakuen. Cet incident a débouché sur des poursuites judiciaires quand il s’est avéré que des documents publics décrivant le cours des événements avaient été falsifiés.
Un avenir incertain après Abe Shinzô
La course pour remplacer Abe Shinzô à la tête du pays ne fait que commencer, et l’incertitude continue de régner à bien des égards. Il n’est pas exclu que la compétition reste trouble jusqu’à sa conclusion. Rien ne permet de savoir, par exemple, si la sélection du prochain président du PLD sera conforme au processus réglementaire défini par le parti – notamment le vote de la base du parti – ou si elle sera confiée exclusivement aux parlementaires PLD des chambres des représentants et des conseillers. Les médias proclament que la décision relève uniquement de Nikai Toshiro, le secrétaire général du parti. Généralement parlant, une élection confinée aux parlementaires ne serait pas le reflet de la volonté populaire telle qu’elle ressortirait d’un vote de tous les membres du PLD, si bien que les politiciens puissants au sein du parti auraient davantage de poids sur l’issue du scrutin (N.D.L.R : le 1er septembre, le PLD a décidé d’opter pour le vote confié à ses parlementaires [394] et ses délégués préfectoraux [141 – 3 votes par préfecture].)
Parmi les personnalités dont les noms circulent comme successeurs potentiels de M. Abe, figurent Suga Yoshihide, secrétaire général du Cabinet, l’actuel favori, mais aussi Kishida Fumio, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel président de l’influente Commission de recherche politique du parti et Ishiba Shigeru, qui a été ministre de la Défense et secrétaire général du PLD. M. Kishida a été mis en avant pendant un certain temps comme un candidat particulièrement bien placé à la succession d’Abe Shinzô. M. Suga a fait beaucoup parler de lui grâce à la notoriété qu’il a acquise en annonçant le nom de la nouvelle ère impériale Reiwa, et M. Ishiba obtient régulièrement des scores élevés dans les sondages d’opinion.
À en juger d’après ce que nous disent jusqu’ici les médias, Suga Yoshihide se place en tête de cette compétition. Quoi qu’il advienne dans l’avenir immédiat, une élection à la présidence du PLD est inscrite au calendrier de l’année prochaine. Elle mettra sans doute fin à la compétition en vue de définir le futur « visage des libéraux démocrates ». Compte tenu de cette prochaine élection, tout porte à croire que bien des parlementaires du PLD vont apporter leur soutien à l’une ou l’autre de ces personnalités en vue, avec les doutes qui en découlent quant à l’aptitude des faiseurs de roi au sein du parti à faire valoir leur choix personnel.
La présence de membres du PLD a à la chambre haute ne fait qu’aggraver la confusion. Sachant que plus de 110 politiciens de ce parti siègent à la Chambre des conseillers, où aucune élection n’est prévue avant à un certain temps, ils sont moins susceptibles de céder à la tentation de sélectionner un porte-étendard attrayant pour représenter le parti. Il conviendra d’observer attentivement leur comportement si le parti décide de confier à la seule Réunion plénière des parlementaires le soin de voter pour désigner le successeur d’Abe Shinzô.
(Photo de titre : Abe Shinzô annonce son intention de quitter ses fonctions de Premier ministre le 28 août 2020. Jiji Press)