Des difficultés pour se débarrasser du surnom d’« intoxiqué au charbon »
Mais la route qui mène au fade-out est jalonnée d’obstacles.
L’industrie des matériaux, comme la sidérurgie, est le secteur qui se montre le plus circonspect vis-à-vis de cette orientation gouvernementale. Des 114 centrales thermiques à charbon peu efficaces que l’Agence des ressources naturelles et de l’énergie cherche à fermer, environ 80 appartiennent à des entreprises de ce secteur, pour qui elles produisent de l’électricité, et non à des producteurs d’électricité.
L’Union japonaise de la sidérurgie a souligné devant le groupe de travail que les sidérurgistes japonais ont pris volontairement des mesures pour réduire leurs émissions et dépenser moins d’énergie, et elle a agité un drapeau rouge en affirmant que si ces centrales thermiques à charbon qui lui appartiennent devaient être fermées, « leur survie était en jeu, et cela aurait forcément des répercussions sur leur compétitivité à l’international. »
L’association des industries chimiques japonaises a pour sa part exprimé ses préoccupations en ces termes : « il faudrait alors des aménagements d’infrastructures supplémentaires, notamment un combustible de remplacement, ou la garantie d’un approvisionnement électrique d’un prix raisonnable. »
Après le fade-out des centrales thermiques à charbon non-efficaces, la manière dont sera assuré un approvisionnement en électricité stable n’est pas claire. Le gouvernement d’Abe Shinzô, au pouvoir pendant plus de sept ans, ne s’est jamais départi de sa position accordant la priorité à l’énergie nucléaire, et a cherché à promouvoir le redémarrage des centrales nucléaires, en avançant que la fermetures des centrales à charbon risquait d’entraîner un approvisionnement en électricité insuffisant. Mais le coût des mesures pour garantir la sécurité des centrales nucléaires, une fois inclus les frais de la protection contre le terrorisme, n’a cessé d’enfler, et il n’est pas non plus facile d’obtenir l’approbation des collectivités locales.
Le pourcentage de l’électricité nucléaire dans le mix électrique était de 6 % en 2018. Il sera extrêmement difficile d’atteindre l’objectif de l’actuel plan fondamental de l’énergie qui le fixe à 20 à 22 % d’ici à l’exercice 2030, et de l’utiliser pour compenser le fade-out.
De plus, on peut aussi envisager que le seul fade-out ne permettra pas au Japon de se débarrasser de cette réputation d' « intoxiqué au charbon ». Avec les États-Unis de Joe Biden qui s’orientent vers une politique d’énergie verte, il est possible que le gouvernement américain demande au Japon des transactions financières tournées vers une diminution des émissions et des investissements dans les énergies renouvelables.
Selon la situation internationale après l’élection présidentielle américaine, ce genre d’investissements et le soutien à une politique en ce sens prendront encore plus d’importance comme un outil de politique internationale. Le METI a commencé à étudier la possibilité d’élargir, parallèlement au fade-out des centrales thermiques à charbon non efficaces, les mesures de soutien aux énergies renouvelables axées sur l’énergie éolienne en mer.
Le plan fondamental de l’énergie du gouvernement japonais sera étudié de près pour comprendre les mesures concrètes envisagées pour augmenter la part des énergies renouvelables dans la production électrique. Il est aussi important de tenir compte de la réalité, à savoir que les centrales nucléaires ne redémarrent pas. On s’attend à ce que le nouveau Premier ministre, comme son prédécesseur, va tenter de les remettre en route, mais si cela ne se produit pas, il devra faire preuve de détermination politique.
(Photo de titre : la centrale électrique Nakoso de Jôban Joint, exploitée par la compagnie Tepco, dans la ville d’Iwaki, préfecture de Fukushima. Elle utilise les dernières techniques de cycle combiné à gazéification intégrée [CCGI]. Jiji Press)