Une population japonaise passant sous le seuil des 100 millions ?

Le graphique ci-dessous, qui repose sur une simple simulation, montre l’effet auquel on peut s’attendre sur la population japonaise en cas de persistance des pressions actuelles à la baisse, autrement dit en supposant que les trois facteurs responsables de la baisse de la natalité en 2021 continuent d’agir.

La simulation annonce une baisse de la population à un niveau inférieur à l’estimation de référence du nombre des naissances utilisée par l’Institut national de recherche sur la population et la sécurité sociale, et elle se rapproche du niveau observé dans le scénario de basse natalité (dans les deux cas, c’est le niveau de référence qui a été retenu pour le nombre de décès). Selon cette simulation, le Japon comptera 83,53 millions d’habitants en 2065, un chiffre inférieur d’environ 4,5 millions à celui de 88,08 obtenu en utilisant le nombre de naissances et de décès conforme à l’hypothèse de référence. Toujours selon cette simulation, la population japonaise passe pour la première fois en dessous du seuil de 100 millions d’habitants en 2049, soit quatre ans plus tôt que l’année 2053 annoncée dans la prévision à moyen terme de l’Institut.

De prime abord, cette simulation, qui part du principe que les pressions démographiques à la baisse dues au Covid-19 vont persister dans un avenir prévisible, semblera peut-être alarmiste. Après tout, la propagation du virus ne va-t-elle pas être progressivement contrôlée à mesure qu’augmente le nombre des personnes vaccinées ? Cependant, il n’existe aucune certitude en ce qui concerne la durée du troisième facteur, autrement dit l’impact de la réduction des contacts de personne à personne sur les rencontres amoureuses et les mariages.

Une nouvelle période glaciaire pour la recherche d’emploi

Pour de nombreux employés, la conversion au travail à distance s’est avérée bénéfique dans la mesure où elle leur offre une plus grande marge de manœuvre en termes de choix de l’endroit où exercer leur activité professionnelle et un meilleur équilibre entre la vie privée et le travail.

Dans sa réaction au Covid-19, le gouvernement a accordé la priorité à des questions secondaires telles que la promotion du travail à distance. Les autorités feraient mieux de concentrer leurs ressources sur la question plus fondamentale de l’allègement du fardeau financier que représente l’entretien d’une famille. À cette fin, le gouvernement doit relancer l’économie réelle, aujourd’hui aux prises avec le marasme dû à la pandémie. Il est prévu, entre autres, de retirer progressivement au cours de l’année les subventions liées à l’emploi et autres dispositifs financiers déployés l’an dernier. Un retrait trop rapide des mesures alors que les effets du Covid-19 continuent de se faire sentir risquerait d’aggraver l’impact négatif du virus sur l’économie.

Dans le passé, le Japon a fait l’expérience d’une « période glaciaire » de la recherche d’emploi induite par une aggravation des récessions. La mise en place d’une stratégie adéquate de sortie s’impose si l’on veut éviter que la pandémie de Covid-19 ne déclenche de nouveaux coups de froid sur le marché de l’emploi.

Le gouvernement doit mettre en œuvre des politiques de soutien aux familles conçues pour soulager le malaise économique. Il doit envisager sérieusement de renforcer l’ensemble du dispositif de soutien des ménages ayant plus d’un enfant ainsi que d’autres mesures en vigueur depuis un certain temps. Le Premier ministre Suga Yoshihide s’est déclaré favorable à l’extension du régime national d’assurance maladie à la couverture de traitements de l’infécondité tels que la fécondation in vitro. La réduction des coûts de ce genre de traitements qui en résultera va certes permettre à un plus grand nombre de couples d’avoir des enfants, mais cette mesure ne concerne que la première phase de la fondation d’une famille. Au bout du compte, les préoccupations des parents potentiels ont davantage à voir avec les coûts de la scolarité qu’avec les dépenses liées à la naissance. L’aide publique aux personnes ayant des enfants doit mieux prendre en compte ces considérations.

La baisse du nombre des naissances en 2021 semble pratiquement acquise, mais, pour éviter le scénario décrit dans cet article, aucun effort ne doit être épargné en vue de retrouver les niveaux de natalité antérieurs à la pandémie de Covid-19. Le moment est venu pour le gouvernement de renforcer encore les mesures visant à remédier à la faiblesse du taux de natalité.

(Photo de titre : Pixta)