Le moment où jamais pour se bouger et réformer
Derrière les bas salaires des assistantes maternelles se cache un problème structurel. Si les frais de gestion de crèche sont soumis à certaines conditions, il existe un système permettant de détourner les frais du personnel vers d’autres utilisations, par exemple afin de développer des activités.
Bien que les partis d’opposition ne cessent de réclamer au gouvernement la mise en place sévère de limites sur les sommes pouvant être engagées en frais de fonctionnement, le parti au pouvoir (Parti libéral-démocrate, ou PLD) n’avance guère pour définir des règles. Peut-être car celui-ci reçoit des donations du secteur de l’assistance maternelle...
Tant qu’un encadrement sérieux des frais de personnel ne sera pas établi, les sociétés qui privilégient les profits ne pouront augmenter ni les salaires ni le nombre de leurs employés.
« Il faut une assistante maternelle pour plusieurs enfants. » Cette norme en vigueur depuis l’après-guerre est jugée largement insuffisante depuis de nombreuses années, car on ne règle rien avec un standard si ancien. C’est le moment où jamais pour mettre des réformes en place. Si cela s’avère trop compliqué, il faudrait déjà commencer par des mesures de soutien à l’embauche de façon à recruter du personnel qui remplacera les femmes partant en congé maternité ou élevant des enfants en bas âge, et aussi pour faire en sorte de leur proposer des horaires de travail plus flexibles.
Dans les crèches où l’on dépense ce qu’il faut en frais de personnel, et où il y a plus d’employés que le strict minimum, les assistantes maternelles peuvent tomber enceinte sans se faire de soucis. Elles continuent par ailleurs à travailler après leur accouchement.
Par contre, dans les autres crèches où les problèmes sont nombreux, on s’aperçoit qu’il existe souvent un manque de savoir sur les règles relatives au monde du travail. Proposer des formations pour approfondir les connaissances sur le code du travail, l’égalité des chances, et les dispositions relatives à la protection de la maternité, serait utile pour éliminer le matahara.
Le métier d’assistante maternelle joue un rôle majeur dans la croissance des enfants. La mise en place d’un environnement de qualité pour la garde des petits tourne autour d’une rémunération correcte de celles qui ont la lourde tâche de remplacer les parents durant la journée. Certainement pas un lieu où l’on se retrouve obligée de demander pardon cause de sa grossesse.
Un problème qui se repércute sur toute la société japonaise
Le problème du harcèlement et de la discrimination dans les crèches peut s’étendre dans tous les domaines où les femmes travaillent. Quand elles annoncent qu’elles sont enceintes, on les regarde de travers. On les fait régulièrement travailler trop dur malgré leur état. Les enfants souffrent davantage de maltraitance, et tout cela influence de manière néfaste l’ensemble de la famille. En réalité, c’est toute la société qui finit par être fragilisée par le manque de sensibilisation des gens, quand le nécessaire n’est pas fait pour soutenir le nombre croissant de femmes qui travaillent.
La société japonaise souffre d’un manque de sérénité. Pour estomper le déclin du taux de natalité et l’apathie qui l’accompagne, il est essentiel de se montrer bienveillant envers les femmes depuis leur grossesse et pendant qu’elles élèvent leurs enfants.
(Photo de titre : Jiji Press)