Le Japon penche vers la droite
La Révolution culturelle prend fin avec la mort de Mao Zedong, de Zhou Enlai et d’autres membres de la première génération de révolutionnaires. Commence alors une ère marquée par les réformes et, à partir de 1978, par l’avènement du libéralisme. La réalité des affaires intérieures de la Chine est révélée au grand jour, la voix des habitants du pays entendue. On apprend que la société chinoise est peu développée et politiquement très éloignée de l’image véhiculée par la propagande et des affirmations du PCC.
À partir du milieu des années 1980, c’est l’entrée en scène de la deuxième génération de dirigeants, dont Hu Yaobang et Zhao Ziyang. Les intellectuels et les étudiants commencent à proposer de nouveaux concepts de réforme. Désabusés par la Révolution culturelle et déçus par la réalité de la société chinoise, les médias et les intellectuels japonais accueillent favorablement l’évolution de la situation et condamnent vivement la répression exercée par les dirigeants du PCC lors de l’incident de la place Tiananmen en juin 1989. La Chine est alors critiquée de toutes parts.
Mais le Japon lève les sanctions économiques imposées à la Chine et entreprend de restaurer les relations avec Pékin, avant les pays industrialisés occidentaux. Suite à la visite très médiatisée de Deng Xiaoping dans le sud de la Chine, de nouvelles réformes voient le jour, l’économie chinoise se redresse et l’optimisme prévaut désormais dans le pays. La Chine sort de l’isolement, se faisant de plus en plus présente et renforçant son influence. Mais au Japon, cette rapide montée en puissance est largement perçue comme une menace. Analystes et spécialistes de la Chine commencent alors à comprendre qu’ils ne peuvent pas avoir une idée d’ensemble de la situation en Chine en se concentrant uniquement sur les faits et gestes de la direction centrale du PCC. Ils s’efforcent alors de comprendre les facteurs multiples à long terme à l’origine de l’évolution de la Chine, au-delà de la politique. Il s’agit notamment de facteurs économiques et sociaux, ainsi que les tendances hors de la capitale, Pékin.
À la fin des années 1980, la croissance économique rapide du Japon s’essouffle. Cette époque d’abondance et d’opulence entraîne la propagation des idéaux individualistes et conservateurs. Dans les années 1990, la bulle économique du Japon éclate, marquant le début d’une époque qui portera le nom de « décennies perdues ». Les Forces d’autodéfense du Japon, jusqu’alors consacrées à la défense nationale, commencent à être déployées à l’étranger, sous forme de soutien militaire. Le conservatisme, présent dans le mode de vie des Japonais sous la forme de sentiment de satisfaction au quotidien et de réticence à faire évoluer la société, fait peu à peu basculer le Japon vers la droite, allant jusqu’à donner naissance à un sentiment de xénophobie.
Les milieux de la politique comme de l’éducation, particulièrement les facultés d’histoire, en viennent à revenir sur les regrets éprouvés par le pays pour le militarisme et le colonialisme japonais en Asie. Cette vision considérait que l’accent était mis de manière excessive, de façon « masochiste » et déformée par le procès des crimes de guerre de Tokyo. Si bien que le peuple japonais commence à critiquer la tyrannie du PCC, notamment sur les questions historiques, territoriales, sécuritaires et sur le respect des droits humains.
Une critique du despotisme du PCC de plus en plus acerbe
Grâce à une forte croissance économique continue, en 2010, le PIB de la Chine devient supérieur à celui du Japon. Le pays semble également dépasser l’Archipel en termes de puissance nationale. Depuis cette époque, les échanges commerciaux entre la Chine et le Japon augmentent de manière exponentielle, accroissant davantage encore l’interdépendance entre les deux pays. Cependant, si les transactions commerciales augmentent, les deux pays s’éloignent pourtant de plus en plus l’un de l’autre. Les discours anti-Pékin se multiplient tant à gauche qu’à droite, avec une critique croissante du despotisme du PCC. Aujourd’hui, le PCC est de plus en plus considéré comme une menace. L’image de grande puissance véhiculée par la Chine fait craindre au Japon d’être un jour absorbé par le géant chinois.
Parti unique désormais à la tête de la Chine, le PCC contrôle tous les aspects des affaires nationales. Mais la société chinoise et les habitants eux-mêmes n’hésitent pas pour autant à exprimer leur opinion, quitte à aller à l’encontre de l’idéologie et la politique de l’État, conservant ainsi l’histoire, les structures et les principes, qui les caractérisent. Au cours des années 1980 et 1990, après la Révolution culturelle et l’incident de la place Tiananmen, de nombreux chercheurs s’intéressent à la Chine, et veulent l’étudier sous différentes formes. Mais aujourd’hui, l’attention se porte exclusivement sur l’analyse du pouvoir au sein de la direction du PCC et sur les politiques nationales. La recherche comme les médias font la part belle à la critique de son despotisme.
Des sondages d’opinion révèlent que l’image du Japon de la Chine se dégrade de plus en plus auprès du peuple japonais, lequel n’entraperçoit la situation dans le pays que par les médias. Ce qu’il faut maintenant, c’est un regard non plus extérieur et d’ensemble mais porté sur la réalité de la société et de la vie en Chine, à travers les expériences de ressortissants japonais établis dans le pays.
(Photo de titre : le drapeau japonais levé sur la place Tiananmen, à Pékin, à l’occasion de la visite du Premier ministre japonais Abe Shinzô le 26 octobre 2018. Jiji)