Un robot capable de détecter la maturation d’un fruit ?
Au Japon et ailleurs, on consacre beaucoup d’énergie à la mise au point de moissonneuses destinées à la récolte de plantes comme les fraises, les tomates et les asperges, traditionnellement cueillies à la main. L’efficacité du fonctionnement des moissonneuses autonomes dépend principalement de trois facteurs — détection, maniement et conduite —, dont les deux premiers sont primordiaux. Techniquement parlant, la mise au point de robots capables de détecter le moment où un fruit ou tout autre produit est mûr et de le localiser précisément représente un gigantesque défi.
Le fait que, une fois récoltés, les produits doivent être promptement triés selon un processus qui ne les blesse ou ne les abîme en aucune façon pose un autre problème. La maîtrise du progrès constitue un marché lucratif pour les fraises et autres fruits japonais haut de gamme dans divers pays d’Asie et d’Océanie, à tel point que le secteur agricole japonais mise sur l’introduction des moissonneuses robots pour permettre aux exploitants de faire face à l’augmentation prévue de la demande.
L’accroissement du potentiel d’exportation
Les opportunités d’exportation progressent pour le Japon non seulement dans le domaine des produits agricoles mais aussi en ce qui concerne la technologie même de l’agriculture intelligente. Le pays dispose d’un avantage dans le domaine de la mise au point des petits tracteurs automoteurs. Les exploitations japonaises sont en règle générale plus compactes que les vastes étendues de terre agricole communes à l’étranger, si bien que leurs besoins de gros matériel sont plus réduits. En Amérique du Nord et en Europe, l’usage de tracteurs surdimensionnés et d’engins multifonctionnels se voit remis en question pour la quantité de carburant consommé et les effets nuisibles infligés aux récoltes par le compactage des sols. En fait, plus de 90 % des coûts en énergie liés à l’usage des tracteurs sont dus à la nécessité de ramollir les sols durcis, si bien que les modèles plus petits et ceux qui fonctionnent à l’électricité deviennent des options attractives pour les exploitants soucieux de réduire leurs frais généraux. Le déplacement d’engins encombrants et peu maniables entre les parcelles est lui aussi problématique, particulièrement au vu des règles de la circulation en vigueur dans les pays qui interdisent à ce genre de véhicules l’accès au réseau routier public.
En 2017, l’université britannique Harper Adams a utilisé un petit tracteur fabriqué au Japon dans le cadre de son projet Hands Free Hectare (Hectare sans les mains), qui vise à parvenir à un cycle de culture pleinement autonome, du labour à la récolte, sur une parcelle carrée de 100 mètres sur 100. Cette initiative, dont l’objectif final est l’obtention d’un système évolutif, fait appel aux capacités de robots agricoles totalement autonomes.
En Amérique du Nord et en Europe, l’effort d’automatisation se focalise sur l’amélioration de la croissance des cultures, pour laquelle il est indispensable de disposer de robots aptes à se charger des tâches auxquelles les équipements conventionnels ne sont pas adaptés et à remplacer la main-d'œuvre là où les coûts sont particulièrement élevés en termes d’argent comme de temps. L’élaboration de systèmes faisant appel à de petits véhicules électriques qui, outre les avantages qu’ils offrent en matière de rendement énergétique et de facilité d’entretien, ne compactent pas excessivement les sols et fonctionnent en toute sécurité, à moindres frais et quelles que soient les conditions météorologiques, suscite beaucoup d’intérêt. À l’échelle planétaire, on observe aussi une montée en puissance des systèmes capables de coordonner des cohortes de petits robots chargés d’accomplir des tâches agricoles bien précises.
Ajuster la technologie aux besoins régionaux
Les mérites de l’agriculture intelligente pour les agriculteurs japonais sont abondants. On peut citer la résolution des pénuries de main-d'œuvre, la préservation numérique et la transmission des savoir-faire agricoles, la baisse des coûts de production, l’augmentation qualitative et quantitative des récoltes, l’encouragement à la conversion d’une démarche « sortie de produits », visant à obtenir des produits conformes aux normes établies du côté des agriculteurs, à une approche « entrée sur le marché » prenant en considération les besoins des consommateurs, ainsi que le renforcement de l’attrait de l’agriculture. Mais la transition ne se produira pas du jour au lendemain, d’autant qu’il faudra du temps pour convaincre les producteurs que les bénéfices de l’investissement dans les systèmes intelligents justifient les coûts. C’est particulièrement vrai dans les régions où les techniques de récolte et de culture ont pris leur essor en réaction à la situation locale, et où il est donc essentiel d’ajuster les technologies de l’agriculture intelligente aux besoins régionaux.
Il est indéniable que l’agriculture intelligente avance à grands pas. Pour que ce rythme se maintienne, les parties prenantes, telles que les autorités locales, les centres de développement et d’extension des exploitations de toutes les préfectures, le groupe des Coopératives agricoles du Japon et les producteurs, doivent surveiller attentivement les avancées qui surviennent dans le domaine en rapide évolution dans cette activité.
(Photo de titre : l’image futuriste d’une cohorte de robots agricoles travaillant un champ. Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

