La nouvelle gauche en régression après l’incident

Dès le début du siège de du chalet Asama, Gotôda Masaharu, commissaire général de l’Agence nationale de la police, donne l’instruction suivante : « Tous ces criminels doivent être arrêtés vivants. Si nous les abattons, ils deviendront des martyrs, et resterons notre problème jusqu’à la fin des temps ».

C’était au plus fort de la guerre du Vietnam. Les mouvements pacifistes et de soutien au peuple vietnamien étaient très puissants, en particulier parmi les étudiants, et bénéficiaient d’un large soutien parmi la population.

L’incident du chalet Asama a marqué le retournement de la population japonaise qui avait jusque-là regardé les actions de l’Armée Rouge Unifiée avec une certaine sympathie. Quand, après la fin du siège et l’arrestation des 5 de l’Asama, a été révélée la purge de 14 membres par leurs propres camarades, cela a durablement dissuadé de nombreux sympathisants de rejoindre le mouvement de la Nouvelle Gauche, dont le déclin fut dès lors inexorable.

La Fraction Armée Rouge cherche des opportunités à l’étranger

Comme nous l’avons déjà indiqué, la Fraction Armée Rouge cherchait à établir des bases internationales pour ses activités en dehors du Japon. Dès le 31 mars 1970, bien avant l’incident du chalet Asama, Tamiya Takamaro et 9 autres activistes avaient détourné un avion de la Japan Airlines sur la Corée du Nord. C’est l’affaire dite « détournement du Yodo »

Des combattants de la Fraction Armée Rouge arraisonnés à leur atterrissage sur l'aéroport de Pyongyang en Corée du Nord à bord de l'avion « Yodo » de la Japan  Airlines, le 3 avril 1970. (Jiji)
Des combattants de la Fraction Armée Rouge arraisonnés à leur atterrissage sur l’aéroport de Pyongyang en Corée du Nord à bord de l’avion « Yodo » de la Japan Airlines, le 3 avril 1970. (Jiji)

D’autre part, Shigenobu Fusako, membre féminin de la première heure de la Fraction Armée Rouge, avait quitté l’Archipel et rejoint le Front de Libération de la Palestine après avoir contracté un mariage blanc avec Okudaira Tsuyoshi, lequel se suicida à la grenade lors de l’incident dit de la « fusillade de l’aéroport de Tel-Aviv » en compagnie de 2 autres membres le 30 mai 1972. De son exil au Liban, Shigenobu organisa l’Armée Rouge Japonaise. Ce dernier était en désaccord avec Mori Tsuneo, ce qui l’incita à continuer la lutte hors du Japon, faisant semblant d’abandonner la Fraction Armée Rouge à Mori. Cette Fraction Armée Rouge est également appelée la « 2e Fraction Armée Rouge, de façon à la distinguer de la 1e, dirigée par Shiomi Takaya, arrêté par la police le 15 mars 1970, soit avant le détournement du Yodo.

Groupuscule constitué en décembre 1974, l’Armée Rouge Japonaise a revendiqué l’occupation et la prise d’otages des ambassades américaine et suédoise à Kuala Lumpur, en Malaisie, le 4 août 1975, revendiquant la libération de Bandô Kunio et d’autres personnes jugées au même moment pour l’incident du chalet Asama et d’autres crimes.

Le 7 août 1975, cinq membres de l'Armée Rouge Japonaise attaquent les ambassades américaine et suédoise à Kuala Lumpur et exigent la libération de militants détenus au Japon. (Jiji)
Le 7 août 1975, cinq membres de l’Armée Rouge Japonaise attaquent les ambassades américaine et suédoise à Kuala Lumpur et exigent la libération de militants détenus au Japon. (Jiji)

Bandô fut libéré par mesure extra-judiciaire et quitta le Japon. Il fait aujourd’hui encore l’objet d’un mandat de recherche international. Yoshino purge une peine de prison à vie, et les frères Katô ont été libérés. L’aîné est sorti de prison et le cadet du centre d’éducation pour mineurs. Sakaguchi Hiroshi, le leader du groupe lors de l’incident du chalet Asama, a refusé de quitter le pays quand l’incident de Kuala Lumpur lui offrait une opportunité de partir comme Bandô, déclarant au téléphone au commando de Kuala Lumpur que « la lutte armée était une erreur ». Il a ensuite été condamné à mort et emprisonné à la prison de Tokyo. Mais la peine capitale ne sera pas exécutée tant que Bandô n’est pas arrêté et condamné. Ainsi, l’affaire de la Fraction Armée Rouge Unifiée n’est toujours pas terminée.

Photo des membres de l'Armée Rouge Japonaise recherchés au niveau international, 2019. Avec l'aimable autorisation du Département de la police métropolitaine. (Jiji)
Photo des membres de l’Armée Rouge Japonaise recherchés au niveau international, 2019. Avec l’aimable autorisation du Département de la police métropolitaine. (Jiji)
Croquis des membres de l'Armée Rouge Japonaise réalisé en extrapolant leur apparence actuelle. Avec l'aimable autorisation du Département de la police métropolitaine (Jiji)
Croquis des membres de l’Armée Rouge Japonaise réalisé en extrapolant leur apparence actuelle. Avec l’aimable autorisation du Département de la police métropolitaine (Jiji)