Une coopération de sécurité multi-couche

La présidence du G7 par le Japon cette année, dont il accueillera le sommet en mai à Hiroshima, et son élection au siège de membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour un mandat de deux ans, ce qui lui a permis de le présider en janvier, jouent en faveur de la politique étrangère du Premier ministre. Avant de se rendre aux États-Unis le mois dernier, il a effectué des visites dans quatre pays, le Canada et trois pays européens, en utilisant à plein le rôle du Japon comme hôte du G7.

En Italie, il a porté la relation entre les deux pays au niveau d’un partenariat stratégique, sur la base du projet conjoint Japon-Royaume-Uni-Italie de développement d’un avion de combat de prochaine génération, et les deux pays se sont entendus pour tenir dans le premier semestre 2023 des réunions de travail entre des hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères et de la Défense. Des réunions du même niveau auront aussi lieu avec la France, et les deux pays se sont entendus pour renforcer leur coopération de sécurité et de défense grâce à des exercices militaires dans le cadre de leur « partenariat d’exception ». (Voir notre article : Kishida Fumio en France : le Japon est un « partenaire d’exception » pour Emmanuel Macron)

Enfin, lors d’entretiens avec le Premier ministre britannique Sunak, a été signé un accord d’accès réciproque, permettant aux Forces d’autodéfense japonaise et à l’armée britannique d’effectuer plus facilement des manœuvres conjointes. Les deux premiers ministres se sont entendus pour renforcer plus encore leur coopération de sécurité, jusqu’à un niveau qui en fait quasiment des alliés.

Depuis l’époque où Abe Shinzô était Premier ministre, le Japon et le Royaume-Uni ont une relation de solidarité étroite, et l’on se souvient qu’en septembre 2021 le porte-avion le plus moderne de la Royal Navy avait fait escale à Yokosuka, et que la Royal Navy et les forces maritimes d’autodéfense avaient organisé des manœuvres conjointes en ayant à l’esprit la présence de la Chine. Le Royaume-Uni est le deuxième pays avec lequel le Japon signe un accord d’accès réciproque, le premier ayant été signé avec l’Australie en février 2022.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la méfiance monte vis-à-vis du risque que la Chine et la Russie se lancent ensemble dans des actions qui ébranleraient l’ordre international, et il est très significatif que le Japon, le seul pays asiatique membre du G7, proclame que l’Ukraine est « l’Asie de l’Est de demain ». L’alliance Japon-États-Unis est essentielle pour prévenir les actions aventuristes de la Chine, mais il est aussi de la plus grande importance pour le Japon de développer une coopération de sécurité multi-couches, ainsi que d’étendre et d’approfondir son réseau de solidarité et de coopération avec des pays dont il partage les valeurs ou qui sont quasiment ses alliés, comme les pays européens, le Canada, ou l’Australie.

Une course contre la montre : il est urgent d’étoffer ces engagements

L’objectif du gouvernement Kishida d’acquérir une capacité de riposte et de porter à 2 % du PIB les dépenses de défense constitue un changement majeur de la politique de sécurité japonaise, dont personne n’aurait osé rêver il y a cinq ans. Mais il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle, ce changement n’est pas encore devenu une réalité. Il est prévisible que le débat parlementaire sur le financement sera compliqué, et il est aussi important d’obtenir la compréhension de la nation à ce sujet.

Concernant la garantie de la capacité de contre-attaque, la décision d’acheter des missiles de croisière de fabrication américaine a été prise parce que leur fabrication au Japon ne sera pas possible d’ici à 2027. Mais même si les États-Unis ont autorisé ces achats, il faut maintenant décider rapidement où et comment ils seront déployés. De plus, afin que la dissuasion soit plus efficace, ces missiles ne doivent pas seulement pouvoir être lancés à partir d’une plateforme terrestre, mais aussi d’autres types de plateformes, maritime, en étant embarqués à bord de sous-marin ou de destroyers, ou aérienne, depuis des avions de combat. Enfin, pour ce qui est du choix des objectifs et du ciblage, c’est-à-dire de définir où frapper le plus efficacement possible, le soutien global de l’armée américaine sera indispensable, et il faudra mettre en place de nouvelles collaborations entre les Forces d’autodéfense et l’armée américaine.

Relativement à la garantie de sécurité et à l’évacuation de citoyens japonais dans le cas d’une situation d’urgence à Taïwan, ou à la défense des îles éloignées, y compris les Senkaku, il faut faire progresser la coopération et les pourparlers de sécurité avec les États-Unis et Taïwan : le risque chinois est aussi une course contre la montre. Tout cela doit se mette en place rapidement et sans heurts au niveau opérationnel.

(Photo de titre : le Premier ministre Kishida Fumio et le président Joe Biden se serrent la main à l’issue du sommet qu’il ont tenu à la Maison Blanche le 17 janvier 2023. AFP-Jiji)