Les mesures actuelles sont insuffisantes
Ohnishi affirme qu’il faut en faire plus. « Comme je l’ai indiqué, la situation des ours cette année a atteint des niveaux catastrophiques. Je pense qu’il est une bonne chose, à court terme, de combiner les efforts des gouvernements locaux et des associations de chasseurs à ceux des Forces d’autodéfense. La police devrait être équipée de fusils et les municipalités devraient recruter des “chasseurs gouvernementaux” (des employés municipaux spécialisés dans la chasse). »
« Cependant, le simple fait d’abattre des ours qui descendent des montagnes ne sera pas suffisant pour résoudre le problème. Il nous faudra, à moyen et à long terme, se rendre nous-même dans les montagnes réguler activement le nombre d’ours. »
« L’amendement de 2024 de la Loi sur la protection, le contrôle et la gestion de la chasse des animaux sauvages a ajouté la “gestion de la population” comme objectif, en plus de la “protection”. En 2024, tous les ours en dehors du Shikoku ont été désignés comme cibles du contrôle de la population d’ours. Les préfectures reçoivent maintenant des subventions pour ce faire, subventions qu’elles devraient utiliser à bon escient. »
« Il est également important que les environnements locaux évoluent, qu’ils ne favorisent pas et même qu’ils réduisent le risque de rencontres avec des ours. Ces animaux sont attirés par les terrains vagues, à la végétation luxuriante ou encore par les plaqueminiers et les châtaigniers. Dans les zones situées entre les zones résidentielles et les espaces boisés, couper les broussailles et éliminer les sous-bois est essentiel pour réduire le nombre d’endroits qui pourraient leur servir de cachette. Municipalités et organisations locales devraient travailler main dans la main et se faire le fer de lance de ces efforts. »
« Les restes de nourriture peuvent également attirer les ours. Les déchets devraient donc être sortis le matin et non le soir, et entreposés dans des endroits clos. La nourriture pour animaux domestiques et le kérosène devraient également être conservés à l’intérieur, dans des endroits hermétiques. »
Le 30 octobre, des ministres ont évoqué le problème des ours lors d’une réunion spéciale. Pour Ohnishi, le gouvernement pourrait faire un certain nombre de choses. « Le plus gros problème est le manque de personnel. Les chasseurs vieillissent et ils sont de moins en moins nombreux. Il est nécessaire de former la jeune génération et également que les gouvernements locaux recrutent des “chasseurs gouvernementaux” en tant que fonctionnaires. Cependant, il faut près de 10 ans pour former de nouvelles recrues à l’usage de fusils. Résoudre le problème du manque de personnel prendra donc du temps. »
« Les membres des associations de chasseurs sont des citoyens privés. Beaucoup d’entre eux ont un travail ; je pense qu’il n’est donc pas approprié de leur demander d’assurer la sécurité publique. Dans les zones urbaines, où la sécurité publique est essentielle, ce sont les forces de police qui, elles, peuvent manipuler des fusils, qui devraient prendre en charge le problème du contrôle de la population des ours. D’autre part, pour ce qui est des mesures à moyen et à long terme, telles que réduire le nombre d’ours dans les montagnes, les associations de chasseurs sont, à mon sens, plus à même d’apporter leur aide. La gestion des ours devrait être assurée par une répartition adéquate des rôles. »
« Le gouvernement devrait faire du contrôle de la population des ours une mesure permanente et systémique, et non seulement à court terme, le remaniement de “chasseurs gouvernementaux” ne pouvant pas être assuré comme pourrait l’être celui d’autres fonctionnaires. »
Rester calme et à distance
Selon Ohnishi, éviter les confrontations avec des ours est la chose la plus importante pour assurer sa protection. « Lorsque vous vous promenez dans les montagnes ou dans des zones semi-sauvages, où des ours pourraient se trouver, portez une clochette ou gardez la radio allumée afin qu’ils remarquent votre présence. C’est la règle de base. Les ours ne cherchent pas à se confronter avec des humains, si bien que dans la plupart des cas, ils vous éviteront s’ils vous entendent. »
Mais si vous en rencontrez un, dit-il, « surtout, ne paniquez pas et ne courez pas. Ne vous retournez pas, cela pourrait inciter l’ours à vous suivre. Au contraire, reculez lentement et éloignez-vous de l’animal. Si vous avez une bombe lacrymogène contre les ours, pulvérisez-la calmement tout en restant face à lui. Si vous êtes sur le point d’être attaqué, couchez-vous au sol face contre terre, et protégez-vous le cou avec les deux mains. »
« Nous sommes à une époque où les humains et les ours vivent en étroite proximité, ce que nous devons garder à l’esprit dans notre vie quotidienne. Je pense que tout ce que nous pouvons faire est appliquer de façon rigoureuse ces trois mesures : réguler la population des ours, créer un environnement qui ne favorise pas les confrontations avec ces animaux et rester vigilants. »
(D’après un entretien réalisé par Matsumoto Sôichi de Nippon.com. Photo de titre : un ours dans l’enceinte du musée commémoratif Hara-Kei à Morioka, octobre 2025. Kyôdô)

