Le réel potentiel du Japon dans la région méditerranéenne

Que nous apprend la comparaison de l’action diplomatique du Japon et de l’UE dans les nations méditerranéennes, que nous venons d’examiner ?

L’implication du Japon porte sur le soutien électoral, l’aide en matière d’infrastructures et les échanges humains. L’implication de l’UE, elle, se concentre sur la mise en œuvre d’une bonne gouvernance, l’aide économique et l’apport de son savoir-faire au système éducatif. Dans les deux cas, il s’agit d’une aide et d’une implication concernant de vastes domaines d’ordre politique, économique et social.

Dans le cas du Japon, certaines contraintes constitutionnelles interdisent une implication militaire et l’aide doit adopter une forme civile. En particulier, le Japon fait de la “sécurité humaine” l’un des piliers de son action diplomatique, et c’est également le cas dans sa diplomatie méditerranéenne, qui favorise le soutien à la “consolidation du potentiel” des populations locales. Ce point de vue est également partagé par l’UE et la “sécurité humaine” constitue l’un des axes de la politique diplomatique et sécuritaire commune adoptée en décembre 2003 dans le cadre de la « Politique commune de sécurité et de défense”. Pour résumer, l’intervention armée doit être réduite au minimum et l’accent mis sur l’aide civile, nourrie des nombreux savoir-faire des nations européennes.

Au chapitre des différences entre le Japon et l’UE, notons le fait que l’Union, en raison des liens historiques de ses principaux membres – la France et la Grande-Bretagne notamment – avec certains pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, dans le cadre de la colonisation, éveille parfois une certaine méfiance, revers de ces liens profonds. Lors du « printemps arabe », certains pays membres de l’UE comme la France et la Grande-Bretagne ont participé aux bombardements en Libye dans le cadre de l’intervention militaire destinée à renverser le régime de Kadhafi, mais si, à court terme, cette implication pouvait être profitable à la démocratie, à plus long terme, elle risque de susciter l’antipathie et la haine.

Comparé à l’UE (ou à ses principaux membres) dont l’action requiert de ménager de subtils équilibres, le Japon est une présence neutre dans cette région et bénéficie d’un important capital de confiance. En ce sens, dans l’éventualité d’un quelconque conflit, le Japon dispose d’un réel potentiel dans le rôle de médiateur, ce qui constitue un atout indéniable. Cet avantage ne doit en aucun cas être perdu.

L’UE pratique également une diplomatie préventive. Dans l’optique où la prévention des conflits constitue un gage de stabilité, il s’agit d’approfondir les synergies dans un large champ d’action, des voies diplomatiques gouvernementales aux échanges civils à un niveau de base, afin d’éliminer les causes de tensions potentielles. Cette approche, si elle est parfois perceptible dans l’implication du Japon en Méditerranée, ne constitue pas un axe à part entière pour le Japon. Afin d’affiner les contours de l’action japonaise dans la région, et aussi pour y renforcer la présence du Japon, il serait souhaitable de développer un tel axe.

La Méditerranée comme modèle pour la Communauté de l’Asie de l’Est

Notons que les liens entre l’UE et la zone méditerranéenne présentent des similitudes avec ceux du Japon et de ses voisins d’Asie.

D’un côté, des nations industrialisées où la stabilité et la prospérité politique et économique sont acquises, et, de l’autre, des pays où la démocratie reste largement à venir, où le développement économique, limité à une classe de privilégiés, n’a pas encore atteint le niveau auquel il profite à la population entière (par exemple, la Chine). De plus, dans certains cas, ces pays entretiennent des contentieux avec leurs voisins, voire des relations extrêmement instables (parfois explosives) ; cette structure souligne les similitudes entre les liens unissant l’UE à la zone méditerranéenne d’une part, et le Japon à ses voisins asiatiques d’autre part. Bref, la politique extérieure menée par l’UE en Méditerranée présente de nombreux points communs avec la stratégie japonaise en Asie orientale. La signification du « printemps arabe », c’est que les pays du sud de la Méditerranée poursuivent leur démocratisation, et, étant donné qu’en Asie aussi, la démocratie progresse dans certains cas, le Japon peut s’inspirer par de nombreux aspects du modèle méditerranéen pour l’approfondissement des liens avec ses voisins asiatiques.

On peut dire que la structure plurinationale d’envergure régionale qu’est l’Union pour la Méditerranée constitue un exemple pour la coopération régionale en Asie à laquelle le Japon doit réfléchir. Le débat sur la “Communauté de l’Asie de l’Est” fait souvent appel aux comparaisons avec la création de l’UE, mais en réalité, l’objet de la comparaison ne devrait-il pas être non pas l’Union en soi, mais plutôt les relations entre l’UE et ses voisins ? Quoi qu’il en soit, l’institutionnalisation du dialogue dans un cadre multilatéral, instauré par l’Europe comme un axe des relations internationales, et son efficacité méritent d’être étudiées dans le cadre de l’Asie orientale. (30 novembre 2011)