Débats autour de la notion de « Cool Japan »

La notion de Cool Japan, en vogue à l’époque du gouvernement Koizumi, s’est avérée être une stratégie diplomatique culturelle du Japon prenant pour objet un grand nombre d’éléments de la culture pop.

Ce terme apparaît à l’origine dans un article de Douglas MacGray intitulé « Japan Gross National Cool » paru en 2002, où il a été utilisé pour traiter du potentiel culturel nippon. L’auteur expose le fait que, alors que d’une part l’économie japonaise est en recul après l’éclatement de la bulle économique, l’Archipel commence à avoir une influence considérable dans le monde grâce à sa culture pop. MacGray, qui fait l’éloge de la pénétration de la culture japonaise à l’étranger et qui revendique le terme de Cool Japan, souligne alors l’importance du secteur des mangas, animes et des jeux vidéo.

La culture pop, qui n’a ni la même valeur artistique ni la profondeur de pensée de la culture traditionnelle, est critiquée par certains qui ne la considèrent pas comme « la vraie culture du Japon ». L’on fait remarquer, de plus, que les fans de culture pop japonaise ne sont pas obligatoirement intéressés par la culture, l’histoire et la société du Japon. Et certaines critiques viennent renchérir sur le fait que c’est l’industrie de contenus qui apporte son soutien aux activités dans ce secteur et qu’il s’agit donc de commerce et non pas d’activités de diffusion culturelle.

Toutefois, si l’on regarde l’histoire, on s’aperçoit que de nombreuses activités artistiques sont apparues par opposition à l’autorité et leur valeur, artistique comme culturelle, n’est-elle pas précisément mise en doute car il s’agit encore d’épigones à ce point-là ? En outre, la séparation des valeurs culturelles et des activités commerciales est en réalité une pensée extrémiste.

Il peut y avoir des pour et des contre, mais la promotion d’une meilleure compréhension globale du Japon à l’étranger en prenant pour ouverture la culture pop, comme les mangas et les animes, est loin d’être une erreur. C’est précisément parce qu’on ne pense pas pouvoir parler du Japon actuel uniquement avec les animes ou uniquement avec la culture traditionnelle, même lors de chacune des manifestations à l’étranger mentionnées ci-dessus, que cette compréhension est à trouver en direction d’une convergence dans des expositions globales sur la culture japonaise. Il est certain que la diversité et la profondeur de la culture japonaise ont progressivement acquis droit de cité au sein de la communauté internationale.

La diplomatie culturelle comme stratégie économique

A en juger par cette situation, il est clair que la diplomatie culturelle peut devenir la base de la diplomatie du Japon. Toutefois, pour ce qui est de l’attitude par rapport à la culture lorsqu’on pense diplomatie, il faut admettre que la position dans laquelle on se place n’est pas bien définie. On peut affirmer qu’en matière de théorie de la diplomatie culturelle et de communication, il n’existe pas encore de définition faisant autorité.

On parle beaucoup ces dernières années de la diplomatie culturelle en tant que partie intégrante d’une stratégie économique vis-à-vis de l’étranger. Dans le cas du Japon, cela fait référence aux secteurs de l’artisanat traditionnel et de l’industrie de contenus. La stratégie de la culture pop représentée dans la notion de Cool Japan est intégrée ici.

Le Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, dans son rapport paru en juin 2010, indique dans ses prévisions « qu’il existe de fortes possibilités pour que les industries culturelles deviennent à l’avenir le moteur de l’économie japonaise » et que « l’on peut considérer que les industries culturelles constitueront une force importante pour l’ensemble de l’industrie japonaise en tant que puissance douce. » Les industries culturelles sont en attente de devenir un des piliers de l’économie japonaise au même titre que les industries automobile et électronique. On peut imaginer ici les secteurs de l’habillement, de l’alimentation et de la maison ainsi que celui du tourisme comme jouant un rôle central et se connectant à des possibilités de création d’une nouvelle demande intérieure ou d’emplois. Il n’est pas nécessaire de mentionner encore une fois la haute appréciation dont jouissent les produits japonais dans tous les pays d’Asie mais il sera nécessaire à l’avenir de développer des activités de cette sorte aux Etats-Unis et en Europe.

Dans ce contexte, c’est probablement la France qui deviendra la base en Europe. L’ampleur du succès des mangas a été évoqué plus haut, avec pour meilleur exemple la bande dessinée « Les gouttes de Dieu(*1)», considéré comme l’un des meilleurs livres du monde sur les vins, qui a été traduite dans la langue de Molière et a permis aux Français d’en savoir plus sur les vins de leur propre pays. La nourriture japonaise est également fort appréciée avec la vogue de l’alimentation saine et, rien qu’à Paris, on compte plus de 300 restaurants japonais. Au point que les clients font constamment la queue devant les restaurants de ramen du quartier de l’Opéra.