L’exportation d’un nouveau japonisme

Il y a eu en Europe, et principalement en France, une période qui a été appelée japonisme allant de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’aux années 1920. En France, un grand intérêt pour le Japon s’est développé en prenant l’art pour point de départ et une revue nommée « Le Japon artistique » a même été publiée. Toutefois, ce japonisme, qui avait pris racine dans le goût pour un certain exotisme oriental, est resté principalement centré dans le domaine des arts, avec pour amateurs des intellectuels en partie. Il n’était en fait qu’une prolongation de l’orientalisme en vogue dans la première moitié du XIXe siècle.

L’engouement pour le Japon aujourd’hui est différent. D’abord, sa base est bien plus large puisqu’il reflète la pénétration de la culture pop principalement chez les jeunes. Il dépasse largement le goût de l’exotisme dans un certain public. La culture japonaise est une culture dont l’universalisme commence à être reconnu dans le monde. J’ai entendu dire par un jeune Français amateur de culture pop, l’air sérieux : « Je n’ai appris que récemment qu’il y avait aussi une histoire et une culture traditionnelle au Japon et j’aimerais bien les étudier. » Il y a ainsi des gens qui se familiarisent avec la culture nippone en empruntant une entrée différente mais qui en arrivent tout de même à une véritable compréhension du Japon.

Entre 2008 et 2011, en tant que partie intégrante de l’Initiative Kansei (sensibilité, inspiration intuitive) et création de valeurs, lancée par le Ministère de l’Economie, des expositions de design japonais ont été organisées dans les principales villes étrangères. Elle s’est tenue à Paris au Musée des Arts Décoratifs dans le Palais du Louvre et a rencontré un grand succès. Objets en laque, flacons de sauce soja en porcelaine blanche, théières dobin, stylos-pinceaux fudepen, balais, couteaux de chef, coussins zabuton, grille-pains, verres, purificateurs d’air, housses de coussins en brocart Nishijin, téléviseurs à cristaux liquides et humidificateurs, entre autres, y ont été exposés. Ces objets de la vie quotidienne montraient à la fois fonctionnalité et beauté du design. En d’autres termes, il s’agissait là d’une présentation de ce que l’on pourrait appeler « une esthétique de la fonction » et l’on pouvait découvrir d’un seul coup d’œil toutes les caractéristiques de la sensibilité esthétique japonaise, telle qu’elle est représentée dans l’art populaire mingei.

Le personnage du manga Naruto présenté lors de Japan Expo

Toutes les pièces exposées avaient été classées et disposées selon leur transposition concrète du wakotoba, révélant une expression, un esprit et une action caractéristiques du Japon. L’explication du concept et le design de l’objet étaient en parfaite concordance et il était ainsi facile de se faire une image des qualités inhérentes à la culture nippone. Etaient ainsi transmises la gentillesse, la souplesse, l’harmonie avec la nature, la modestie et la sérénité propres au Japon.

En réalité, tout cela n’est pas exprimé uniquement dans la culture traditionnelle. Il y a parmi les mangas des œuvres qui transmettent largement cette image. Dans le manga en vogue Naruto, on voit un jeune ninja grandir en passant par les différentes expériences de l’adolescence et des émotions extrêmement japonaises, comme l’amitié ou la solidarité, y sont décrites. On peut dire qu’il s’agit là d’un exemple réussi de la fusion des caractéristiques spirituelles du Japon dans l’universalité. Cette création de concept se doit d’être à l’avenir une des orientations majeures de la diplomatie culturelle du Japon.

Pour que la culture serve dans la diplomatie

Toutefois, même si les valeurs culturelles sont élevées, elles ne peuvent pas servir dans l’immédiat dans la diplomatie. Les préparatifs sont ici indispensables.

En premier lieu, il sera nécessaire de prévoir des connexions efficaces entre les différentes activités. Sur les lieux mêmes, il est difficile de considérer ordinairement comme suffisante la création des réseaux et des organisations permettant d’exécuter ces projets culturels. (Se reporter à un article précédent sur le manque de moyens humains et financiers pour les activités culturelles et le projet de fusion entre des institutions chargées d’activités internationales : « Le Japon doit renforcer sa politique d’action culturelle et d’information»)

En deuxième lieu, il sera nécessaire d’accorder une position suffisante aux échanges intellectuels et à la diffusion de la langue japonaise. La tendance à envoyer les personnalités les plus célèbres dans les conférences et les colloques internationaux persiste encore. Mais dans ce domaine, il est indispensable d’avoir des échanges discrets et suivis entre des savants dans des domaines d’expertise particuliers comme il est indispensable, pour la propagation de l’enseignement du japonais, de mener des activités intégrant un soutien aux institutions éducatives à partir du Japon et des négociations avec les gouvernements locaux en vue de dynamiser cet enseignement sur place. Dans l’un et l’autre cas, il s’avère urgent de former des ressources humaines ayant des connaissances et des aptitudes spécialisées et ayant également de bons rapports avec l’administration.

En troisième lieu, il s’agira donc de transmettre à l’étranger la stratégie et le discernement diplomatiques du Japon, mais cette partie est de loin le maillon le plus faible. On demande au Japon d’avoir une expression autonome et universelle. A cet effet, il faut pouvoir formuler des recommandations non pas du bout des lèvres, mais avec un discernement obtenu à partir d’une véritable perspective mondiale. Et, pour cela, l’image du Japon en tant que grande puissance professant une culture de la paix est largement suffisante comme base. Les moyens et les méthodes étant d’ores et déjà en place, ne reste que le problème de savoir comment procéder à la formation de ce discernement diplomatique. Dans ce sens, il va sans dire qu’il est également indispensable de remédier à la situation de desséchement actuel que connaît la tribune sur la théorie diplomatique.

En dernier lieu, sévères sont les critiques de l’ administration se concentrant sur la construction de bâtiments publics, mais il serait bon de réviser l’ordre des priorités et les importances budgétaires sur le plan stratégique. La Maison de la Culture du Japon à Paris est l’un des symboles de notre pays en France. Récemment, la Chine et la Corée du Sud ont des activités culturelles très dynamiques à Paris. Leurs intentions sont claires si l’on considère que connaître le succès à Paris, c’est réussir dans toute l’Europe et avoir ensuite une influence non négligeable aux Etats-Unis et dans le monde.

(D’après un original en japonais.)

Photo : Hino Hato

(*1) ^ Kami no shizuku écrit par Tadashi Agi et dessiné par Shu Okimoto. La version française publiée par l’édition Glénat.