Des repas qui sortent de l’ordinaire
La cuisine proposée aux résidents de la base antarctique Shôwa est un menu qui change tous les jours. Certains repas répondent toutefois à des vœux formulés par des membres de l’expédition. « La demande qui m’a posé le plus de problèmes a été une soupe coréenne à base de poulet, de riz gluant et de ginseng appelée samgyetang. J’avais bien les poulets entiers requis par la recette, mais pas toutes les herbes médicinales. J’ai donc improvisé avec les aromates que j’avais sous la main et tout le monde a eu l’air content du résultat », affirme Watanuki Junko. L’équipe de cuisine a par ailleurs préparé des repas sur le thème des saisons de l’Archipel et de l’Antarctique. L’arrivée du printemps au Japon a été marquée par un menu de « contemplation des cerisiers en fleurs » et le solstice d’hiver du mois de juin dans l’Antarctique, par une « fête du milieu de l’hiver ».
Watanuki Junko a aussi respecté la tradition qui veut que l’expédition polaire offre à ses membres un repas à l’extérieur constitué d’un plat très apprécié dans l’Archipel en été, à savoir les nouilles de blé froides appelées nagashi sômen que chacun est invité à saisir avec ses baguettes pendant qu’elles « coulent » le long d’un gros bambou fendu en deux. À ceci près qu’au pôle Sud, celui-ci a été remplacé par un petit canal creusé dans un iceberg.
« La seule chose que les membres de l’expédition sont autorisés à rapporter chez eux, c’est de la glace », déclare Watanuki Junko. « À un moment donné, ils vont sur un iceberg avec une pioche pour prélever un morceau qu’ils ramèneront avec eux au Japon, en guise de souvenir. Et ils profitent de l’occasion pour manger des nagashi sômen sur l’iceberg en question. J’avais emmené avec moi de la tempura, de l’eau chaude, des nouilles bouillies et la sauce qui va avec. »
Dans l’Antarctique, les déchets alimentaires doivent être impérativement réduits au minimum. Watanuki Junko faisait donc tout son possible pour réutiliser les restes à bon escient. Une de ses méthodes préférées consistait à préparer des boulettes de riz (onigiri) en guise de casse-croûte à consommer le soir, après le dîner. C’est ainsi qu’elle a mis au point sa recette des « boulettes de riz du diable » (akuma no onigiri). Celles-ci doivent leur nom à un membre de l’expédition qui n’a pu s’empêcher de craquer devant un mets aussi appétissant. Ces onigiri bien nourrissants étaient très appréciés par ceux qui devaient participer aux opérations nocturnes de déneigement, au point que l’un d’eux les a qualifiés de « petit bonheur ».

