L’éloge de la diversité dans le bouddhisme ?
S’il est vrai que le bouddhisme se montre moins hostile envers les personnes LGBT que d’autres grandes religions du monde, il n’en reste pas moins qu’on trouve dans son enseignement des éléments qui passent très mal en 2022. Au cours de son exposé, Nishimura a mentionné un texte du canon Pali, l’un des écrits les plus anciens du bouddhisme, dans lequel « les femmes et les eunuques » figurent sur la liste des gens qui « ne sont pas les bienvenus » dans la communauté bouddhiste. Nishimura a précisé que, de nos jours, cette déclaration ne devait pas être prise à la lettre, mais remise dans le contexte de l’époque où elle a été écrite.
D’un autre côté, Nishimura relève aussi dans les écritures bouddhistes une sorte d’apologie de la diversité. Il y a par exemple le passage du Sûtra d’Amida qui décrit un étang couvert de fleurs bariolées de lotus, resplendissant chacune d’une couleur qui lui est propre. Nishimura voit dans cet extrait une célébration et une validation de la diversité.
Au cours de son exposé, Nishimura a également fait référence aux images où le bodhisattva Kannon (Avalokitesvara en sanscrit), la divinité bouddhique de la compassion, apparaît tantôt comme mâle tantôt comme femelle, et souvent orné de vêtements et d’accessoire somptueux.
Nishimura déclare que Kannon, avec son « ambiguïté » de genre, constitue son « modèle de rôle ». « Je pensais auparavant que les bouddhistes étaient hostiles à tout ce qui s’apparente au luxe », remarque-t-il, « mais il y a des enseignements qui encouragent les gens à avoir une apparence merveilleuse. »
Il cite le Sûtra de la guirlande de fleurs, où il est dit que « La vertu sublime requiert une apparence sublime ».
« La religion n’est pas là pour imposer des limites aux gens »
Dans sa traduction anglaise, le livre de Nishimura porte le sous-titre « Be Who You Are » (Soyez qui vous êtes). Mais au cours de la séance de questions-réponses consécutive à l’exposé, quelqu’un a demandé à Nishimura s’il n’avait jamais eu des doutes quant à son identité. En dépit d’une jeunesse marquée par la souffrance et les luttes, a répondu Nishimura, « j’ai toujours su qui j’étais ».
« Je pense que mon talent consiste à aller contre le vent », a-t-il dit. « Et je peux aider les gens à suivre la direction qui leur convient. »
Mais, dans la société homogène qu’est le Japon, Nishimura est un personnage non conventionnel, très éloigné de l’image traditionnelle du moine bouddhiste, et il continue de subir la haine et la discrimination.
Au cours de son exposé, il a raconté comment la mère d’un ami lui avait jeté à la face que l’homosexualité était le résultat de « déséquilibres hormonaux ». Ce fut une expérience formatrice, qui précipita son entrée dans le militantisme.
Ce même jour, a-t-il déclaré à son auditoire, il avait reçu un autre message lui annonçant qu’« il n’était pas un vrai moine ».
Nishimura a cité le Dhammapada : « Conquiers la méchanceté par la générosité / Conquiers la malhonnêteté par la vérité. »
Il a expliqué à ses auditeurs londoniens qu’il voulait mettre à profit la tribune que lui offre son statut de guide spirituel pour promouvoir la tolérance dans le monde entier.
« La religion n’est pas là pour imposer des limites aux gens. Elle est là pour les aider à aller au-delà de leurs limites », a-t-il dit.
This Monk Wears Heels : Be Who You Are (Ce moine porte des talons : soyez qui vous êtes)
De Nishimura Kôdô
Traduction anglaise de Tony McNicol
(Photo de titre : © Satō Masaki)


