La Chine ne peut exister qu’en se montrant ferme

La Chine est aujourd’hui en passe de devenir un pays mu par le nationalisme qui a remplacé l’idéologie communiste. Cela se comprend par exemple quand on voit que le PCC et l’APL considèrent comme la première menace les éruptions d’insatisfaction, sous couvert de nationalisme, du peuple. L’insatisfaction populaire vis-à-vis des inégalités, notamment dans le domaine économique où elles s’installent de plus en plus fortement, se manifeste par des éruptions d’apparence nationaliste avec des slogans comme « À bas le Japon » ou encore « Le patriotisme n'est pas un crime », qui déstabilisent les fondements du pouvoir sont de fait une menace pour lui.

Devant cette montée du nationalisme, faire preuve de fermeté face au Japon et à tous les pays riverains de la mer de Chine méridionale a une signification de la première importance pour garantir le maintien au pouvoir du PCC et de l’APL. Le 4 juin dernier marquait le vingt-cinquième anniversaire des incidents de Tian'anmen. Le PCC et l’APL n’avaient d’autre choix que de se montrer encore plus ferme vis-à-vis de l’étranger afin de ne pas permettre aux nationalistes de critiquer leur « faiblesse ».

Mais ce n’est pas tout. Alors que le terrorisme ouïgour n’est toujours pas sous contrôle et que la nation chinoise est ébranlée par diverses secousses, l’évolution de ces mouvements qui pourraient plonger la société chinoise dans le chaos est difficile à prévoir. On peut imaginer que l’urgence qu’il y a à détourner l’attention du peuple de l’instabilité — terrorisme et autre — qui menace la société est la raison qui pousse le pouvoir communiste chinois à des actions plus violentes en mer de Chine méridionale.

Le traumatisme laissé par les incidents de Tian'anmen

Il doit cependant y avoir une raison à cette indéniable différence de fermeté chinoise vis-à-vis du Japon et du Vietnam. La Chine n’a par exemple jamais envoyé de patrouilleur armé dans la zone des Senkaku. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en juillet 2013, tous les patrouilleurs qu’on y a vu appartenaient à la Garde côtière chinoise, et aucun n’était armé. Certains d’entre eux étaient équipés de mitrailleuses, dont les canons étaient recouverts de housses pour qu’ils ne puissent pas être utilisés.

La Chine multiplie ses incursions dans les eaux territoriales du Japon à proximité des Senkaku pour souligner face au Japon et au reste du monde ses revendications de souveraineté sur elles, mais il faut savoir qu’elle ne le fait d’une manière et dans des limites qui ne risquent pas de lui attirer la colère des États-Unis.

Voilà pourquoi elle ne fait pas appel à des bâtiments militaires ou à son porte-avions dans la zone maritime des Senkaku. Même lorsqu’elle a utilisé en janvier 2013, comme nous allons le voir, un radar de contrôle de tir, elle l’a fait dans une zone maritime située à 120 kilomètres au nord des Senkaku.

Pourquoi la Chine agit-elle si timidement dans cette zone ? La raison est évidente. S’il y avait un accrochage à proximité des Senkaku, elle aurait affaire au Japon et aux États-Unis, avec un risque élevé de conflit majeur. Cela pourrait aussi conduire à un retrait des capitaux internationaux de la Chine. Le PCC et l’APL n’ont pas envie de revivre la crise qui a soudainement assombri les perspectives chinoises lorsque les capitaux internationaux se sont soudain retirés après Tian'anmen en juin 1989.