L’ère de la « sécurité culturelle »

La culture, telle qu’elle se manifeste dans les sociétés, est constituée par un ensemble de traditions, de coutumes et de normes. C’est que l’anthropologue américain Clyde Kluckhohn (1905-1960) – surtout connu pour son travail sur les indiens Navajos – a appelé des « modèles de vie » (designs for living) élaborés par les hommes au fil du temps. Ces éléments qui font partie intégrante d’une culture doivent être protégés. Mais il faut qu’ils fassent l’objet d’un contrôle de la part des pays ou des sociétés qui y adhèrent, quand ils sont utilisés comme des outils pour attaquer des pays ou des sociétés dont les règles sont différentes. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les hommes doivent protéger la culture mais ils ont parfois aussi besoin de s’en méfier. Et c’est quelque chose qui se vérifie très bien dans la réalité.

Les idéaux proclamés dans l’Acte constitutif de l’Unesco que j’ai cités au début de cet article sont élevés et, loin d’avoir perdu de leur pertinence, ils sont plus que jamais d’actualité. La culture, en dépit des dangers qu’elle peut présenter, est un facteur de plus en plus crucial pour la consolidation et le maintien de la paix. Le Japon s’est senti offensé quand l’Unesco a décidé d’inscrire des documents relatifs au massacre de Nankin sur le Registre de la Mémoire du monde, en octobre 2015. Il a même laissé entendre qu’il pourrait se retirer de cette organisation. Mais je crois qu’étant donné la situation actuelle, Tokyo doit absolument soutenir l’Unesco pour contribuer à la promotion de la « sécurité culturelle » au sein de la communauté internationale.

(Photographie du titre : dans une rue de Paris, au moment des attentats du 13 novembre 2015. AP/Aflo.)