La perpétuation du modèle de division du travail fondé sur le sexe
Au Japon, la famille où le père travaille à l’extérieur et la mère reste à la maison est devenue la norme après la Seconde Guerre mondiale, et l’est restée tout au long des années de croissance rapide alimentée après-guerre par l’industrialisation. Ce modèle a perduré même après les crises pétrolières des années 1970, grâce au maintien de la stabilité de l’emploi masculin jusqu’à l’éclatement de la bulle spéculative, survenu en 1992.
Mais le marché de l’emploi s’est resserré, notamment pour les hommes, dans la seconde moitié des années 1990, à mesure que les vagues de la mondialisation atteignaient les rives du Japon. Nombre de jeunes travailleurs, hommes et femmes confondus, se sont vus contraints d’accepter des postes précaires dits « non-réguliers », tandis que la courbe de l’augmentation des salaires des employés permanents (ou « réguliers ») se tassait. Au Japon comme en Europe et en Amérique du Nord, la tendance est à la baisse du pourcentage des hommes en mesure de se reposer sur leur salaire pour procurer aux membres de leurs familles un mode de vie prospère.
Au Japon, l’impact de la révolution des modes de vie enregistré ailleurs dans le monde est resté limité et la diversification des modèles familiaux n’a pas eu la même ampleur. C’est ainsi que, malgré l’augmentation de l’effectif des femmes au sein de la population active, la proportion de celles qui sont restées à plein temps femmes au foyer pendant les années où elles élevaient leurs enfants est demeurée élevée en comparaison des chiffres enregistrés dans les autres pays industriels. Outre cela, deux employées mariées sur trois travaillent à temps partiel, si bien qu’elles continuent de dépendre dans une large mesure du revenu de leurs maris. En ce sens, la division du travail selon le sexe n’a pas été sérieusement remise en question.
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Le déclin du goût des Japonais pour l’amour libre
Les attitudes vis-à-vis du concubinage n’ont guère changé elles non plus. En 2010, l’union libre ne concernait que 1,6 % des couples japonais vivant sous un même toit et, en 2014, le pourcentage des naissances hors mariage se limitait à 2,4 %. D’un autre côté, le pourcentage des mariages « par obligation », pour raison de grossesse imprévue, avoisinait 20 %, ce qui veut dire que les couples non mariés optaient massivement pour le mariage en cas de grossesse, plutôt que d’avoir un enfant naturel. Cela suggère que, quelle qu’ait pu être la libéralisation des comportements sexuels avant le mariage, les gens continuent d’adhérer fortement à l’éthique traditionnelle qui veut que les enfants grandissent dans un cadre familial.
L’attrait des jeunes pour l’amour libre semble lui aussi s’être estompé depuis le début du siècle. Le pourcentage des célibataires engagés dans une relation purement romantique est en baisse, et ils sont de moins en moins nombreux à exprimer le désir de nouer ce genre de liens. Les résultats des enquêtes montrent par ailleurs que le nombre des jeunes gens qui ne s’intéressent pas beaucoup au sexe est en augmentation.
Les relations amoureuses des jeunes Japonais
| Célibataires entre 20 et 40 ans | A un partenaire | N’a pas de partenaire | |
|---|---|---|---|
| A eu jadis un partenaire | N’a jamais eu de partenaire | ||
| 2010 | 36,2 % | 37,9 % | 25,8 % |
| 2015 | 35,6 % | 40,8 % | 23,3 % |
| Sexe | Âge | Revenu annuel | |
|---|---|---|---|
| Pourcentage des célibataires désirant une relation (les chiffres entre parenthèses proviennent d’une enquête effectuée en 2010) | Homme : 61,5 % (67,3 %) | 20-29 ans : 58,1 % 30-39 ans : 66,1 % | 4 millions de yens ou plus : 79,7 % Moins de 4 millions de yens : 59,9 % |
| Femme : 60,1 % (70,3 %) | 20-29 ans : 57,6 % 30-39 ans : 64,8 % | 2 millions de yens ou plus : 70,7 % Moins de 2 millions de yens : 52,1 % |
Source : Bureau du Cabinet, « Compte-rendu d’une enquête sur le mariage et la formation des familles ».
La diminution du nombre des jeunes gens en mesure de subvenir aux besoins d’un conjoint et d’enfants à charge dans le cadre de familles où la division du travail est fondée sur le sexe s’est en fait accompagnée d’une hausse simultanée du nombre de ceux qui ne sont pas engagés dans une relation d’amour libre. Ce phénomène a sans aucun doute joué un rôle dans le déclin des taux japonais de natalité et de mariage. En 2010, 47,3 % des hommes et 34,5 % des femmes de la tranche d’âges des 30 à 34 ans étaient célibataires.
Comme je l’ai signalé plus haut, le pourcentage des couples vivant en concubinage est extrêmement faible. Seuls quelque 30 % des célibataires sont engagés dans une relation d’amour libre et une proportion élevée d’entre eux (environ 80 % dans la tranche d’âges des 30 à 34 ans) vivent chez leurs parents aux frais de ces derniers. On est en droit d’en déduire que, à mesure que la génération des parents va s’éteindre, il risque d’y avoir une forte hausse du nombre des personnes vivant seules et souffrant de difficultés financières.

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