L’amour virtuel

L’augmentation des effectifs des célibataires que ne sont pas engagés dans une relation amoureuse s’est accompagnée d’un essor des services qui leur offrent la possibilité de satisfaire leurs besoins d’affection par le biais des familles et de l’amour virtuels. Le nombre de ces jeunes Japonais célibataires, soit dit en passant, est estimé à 10 millions, dont 4 millions affirment qu’ils n’ont aucune envie de trouver un partenaire.

L’industrie de la famille virtuelle, bien entendu, s’adresse aussi aux personnes qui ont un partenaire ou une famille. Il y a depuis longtemps beaucoup de gens qui recherchent des objets d’affection virtuels en sus de ceux qu’ils ont dans la vie réelle. Des couples ont des animaux de compagnie, des femmes mariées sont des fans de la revue exclusivement féminine Takarazuka (voir article Takarazuka, une compagnie théâtrale unique en son genre), et bien des hommes fréquentent les bars à hôtesses et les night-clubs. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est le nombre des gens qui n’ont pas de vraie famille et se contentent de relations exclusivement virtuelles.

L’exportation à l’échelle mondiale des services virtuels dédiés à la satisfaction de ces besoins est en outre en plein essor. On trouve désormais des cafés pour chats dans de nombreux pays, tandis que les bandes dessinées, les idoles, les cafés pour jeunes filles et autres caractéristiques du « cool Japon » se voient adoptés par différents pays d’Asie et d’ailleurs.

Des signes de diversification ?

Il ne faudrait pas en déduire que la famille japonaise n’a connu aucune forme de diversification au fil des ans. En 2015, la municipalité de Shibuya, à Tokyo, a publié un arrêté qui ouvrait officiellement la porte aux partenariats entre personnes du même sexe (voir article La société japonaise et les LGBT). Les formules d’habitat partagé, où des gens sans aucun lien de famille vivent en communauté (voir article L’habitat partagé au Japon), ne sont plus une exception, pas plus que les femmes qui travaillent à l’extérieur pendant que leurs époux s’occupent des enfants. L’élargissement de l’éventail des choix de modèles familiaux pourrait également inciter davantage de couples à laisser les penchants personnels, romantiques, prendre le pas sur les obligations filiales. Le Japon se trouve aujourd’hui en pleine phase de transition. Il est à la croisée de deux chemins, qui mènent, l’un vers un renforcement de la prévalence des familles virtuelles, l’autre vers un renouveau des familles réelles à travers une diversification des architectures familiales.

(D’après un texte original en japonais du 18 février 2016.)
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