Repérer les tsunamis depuis l’espace
Des recherches sont également en cours sur la détection des tsunamis depuis l’espace, plutôt qu’en mer. Je suis moi-même impliqué dans ces recherches.

Lors de la formation d’un tsunami, la surface de la mer s’élève, poussant l’air vers le haut et générant des ondes sonores à faible vitesse dans la gamme des infrasons. Il faut compter huit minutes environ pour que ces ondes sonores atteignent l’espace, soit une altitude de 300 kilomètres.
C’est à cette altitude que le rayonnement solaire ionise une partie de la fine atmosphère. Un nouvel état de la matière est alors créé : le plasma. Les ondes infrasonores générées au moment de la formation d’un tsunami font osciller ce plasma. Pouvoir mesurer cette oscillation nous permettrait de connaître, de façon indirecte, les caractéristiques initiales de ce tsunami.
Tout cela devient possible grâce au GPS (système de positionnement par satellite), une technologie qui fait maintenant partie de la vie quotidienne d’un grand nombre de personnes. Elle est notamment présente dans les systèmes de navigation utilisés pour les véhicules ou les smartphones. Les satellites GPS sont mis en orbite à une altitude de 20 200 kilomètres, et un certain nombre d’entre eux sont visibles depuis l’espace aérien japonais. L’Institut d’études géographiques du Japon a également mis en place plus de 1 300 stations de référence à fonctionnement continu (CORS) afin d’effectuer des mesures géodésiques. Ces CORS reçoivent en permanence les transmissions provenant des satellites GPS, rassemblant ainsi ces données en un point central et en temps réel.
Les transmissions GPS envoyées à chaque CORS contiennent des informations recueillies lors de leur passage à l’intérieur de la couche de plasma. Ces informations peuvent être utilisées pour mesurer les variations dans le plasma, pour ainsi connaître le moment précis où un tsunami va se former. La technologie actuelle permet de détecter un tsunami formé après un tremblement de terre de magnitude 9 au bout de 20 minutes environ. Des recherches sont en cours pour réduire cette durée à seulement 12 minutes.
Le plus grand avantage de cette nouvelle technologie est qu’elle utilise les infrastructures GPS préexistantes. Il deviendra alors possible d’observer n’importe quel tsunami dans les eaux entourant l’Archipel, depuis l’espace et sans aucun coût initial. Cette technologie pourrait également être utile pour des pays dont les ressources financières sont insuffisantes pour mettre en place de telles infrastructures. Si cette technologie à faible coût voit le jour, ce sera un bon moyen pour le Japon de remercier les pays du monde entier pour l’aide reçue après la catastrophe de 2011.
Rester vigilant au quotidien
Tout comme nos prédécesseurs ont fait progresser les techniques de prévision des tempêtes après le bilan extrêmement meurtrier du typhon de la baie d’Ise, il est de notre devoir à nous, chercheurs, de pousser la recherche et le développement pour que plus jamais autant de vies ne soient perdues, comme cela a été le cas lors du tremblement de terre du Tôhoku.
Depuis ce désastre, outre ceux évoqués ci-dessus, de nombreux projets visant à anticiper les tsunamis sont en cours. Tous n’en sont qu’à leur phase de développement, mais il semble évident qu’une approche diversifiée, mêlant différents systèmes de prévision, en tirant parti des avantages de chacun, serait plus efficace, tant la difficulté de prévoir un tremblement de terre et un tsunami est grande. L’utilisation combinée de systèmes complémentaires peut permettre, grâce aux avantages des uns, de remédier aux inconvénients des autres, et ainsi de sauver encore plus de vies.
Mais il est important de comprendre qu’il n’existe pour l’heure pas de technologie miracle. Le mieux est encore d’utiliser sa propre expérience, son intuition et de se préparer au quotidien afin de sauver à chaque fois plus de vies en cas de tsunami. Il est vivement conseillé aux personnes habitant près des côtes de prendre connaissance de l’emplacement des zones de sécurité situées en hauteur et des centres d’évacuation les plus proches. En cas de secousse, il ne faut jamais oublier le risque d’un tsunami et être prêt à évacuer à tout moment.
Étant situé dans une zone d’activité sismique intense, le Japon ne sera jamais complètement à l’abri des tsunamis. Toutefois, de nombreux scientifiques concentrent leur efforts pour mettre au point des technologies qui sauveront plus de vies, même quelques-unes.
(Photo de titre : vue des environs du port de pêche de Matsukawaura à Sôma, dans la préfecture de Fukushima, après les dégâts causés par le tsunami du 11 mars 2011. Avec l’aimable autorisation de l’Institut des approches scientifiques pour les incendies et les catastrophes)