Une affaire d’adultère qui rapporte gros
Au fur et à mesure que Shintani a parcouru les échelons du Bunshun, il s’est davantage concentré sur la valeur des scoops. « Nous avons imprimé et vendu plus de 500 000 exemplaires du numéro sur l’humoriste Watabe Ken. Cependant, dans une perspective plus large, on ne peut nier les rendements décroissants des magazines imprimés. Il est impossible de garantir des budgets suffisants, et si des réductions de coûts vous sont imposées, vous ne pouvez pas rassembler un personnel de qualité, ce qui signifie un contenu moins intéressant et une plus grande vulnérabilité aux risques. Passer au numérique était une nécessité urgente. »
Comme les scoops prennent du temps à être découverts, qu’ils sont coûteux et risqués, l’hebdomadaire se doit d’avoir un cycle constant d’histoires qui arrivent afin de garder l’argent à flot. En d’autres termes, le canon Bunshun doit continuer à tirer. L’hebdomadaire est en vente à Tokyo et dans d’autres régions chaque jeudi, mais les articles sont vendus séparément en ligne la veille.
« Avec notre scoop sur l’humoriste Watabe Ken, nous avons gagné 12 millions de yens, en vendant plus de 40 000 exemplaires en ligne à 300 yens chacun », explique Shintani. « Nous avons également publié deux articles de synthèse, qui ont totalisé environ 80 millions de pages vues. En règle générale, nous pouvons nous attendre à ce qu’environ 30 % de ce chiffre se transforme en revenus publicitaires, soit 24 millions de yens supplémentaires. »
Il existe également des frais pour les chaînes de télévision de 50 000 yens (400 euros) pour l’utilisation d’un article une fois dans une émission et de 100 000 yens (800 euros) pour les vidéos. « Lorsque les chaînes de télévision nous demandaient d’utiliser nos histoires, nous leur disions joyeusement au début : “Allez-y, ça nous fait de la publicité !”. Les téléspectateurs avaient cependant l’impression d’en avoir vu assez et n’avaient donc pas le désir d’acheter notre magazine.
« Pour une entreprise basée sur le contenu comme la nôtre, nous devions commencer à facturer. Cela nous a permis de développer une source de revenus majeure en plus des ventes du magazine imprimé. C’est aussi une ressource pour financer le travail sur de nouvelles histoires. »
Le succès des enquêtes du Bunshun
Alors que le magazine publiait une série d’articles exclusifs, la qualité des informations fournies à son service Bunshun Leaks a rapidement augmenté. Shintani explique que son idée de lancer un service d’information s’était heurtée à une opposition lorsqu’il l’avait proposée lors d’une réunion du conseil d’administration, mais que le service reçoit désormais plus d’une centaine d’informations par jour. « Vous ne le croirez pas, mais la première chose que nous disons aux gens est que nous n’achetons pas leurs informations. Si cela finit par devenir un article, il y a un paiement, mais seulement autour du même montant raisonnable que pour un manuscrit. »
Bien que le Bunshun n’offre pas de rémunération importante à ses informateurs, l’hebdomadaire continue de recevoir des informations fiables susceptibles de devenir des articles. Le magazine a d’ailleurs enquêté sur l’histoire de Kawai Anri grâce aux informations reçues via Bunshun Leaks. La première ligne du message reçu disait : « Au début, j’ai pensé à porter cette affaire à la police, mais ils l’auraient probablement supprimée. C’est pourquoi j’ai préféré envoyer l’information au Bunshun. » Une autre partie avait également dit : « Quelle que soit la puissance de l’adversaire, vous vous battrez sans montrer aucune déférence. Vous allez prendre tous les risques, dépenser les moyens nécessaires et mettre en lumière le scandale. » Shintani en fait sa fierté : « C’est notre image de marque. »
Les articles d’enquête du magazine rapportent des revenus et renforcent sa réputation, afin qu’il puisse recevoir plus d’informations. Ce cycle vertueux fait que le Bunshun a aujourd’hui un quasi-monopole sur ces exclusivités.
« Lorsque le Bunshun publiait ses scoops, certains médias les attribuaient vaguement à un “hebdomadaire” sans précision aucune, où disaient simplement “On a appris que...” », déclare Shintani. Il a donc commencé à les appeler afin d’insister pour qu’ils incluent le nom du magazine. « Nous vivons ou mourons à travers nos scoops, et je voulais qu’ils gagnent davantage de respect. Finalement, la NHK et le Yomiuri Shimbun se sont mis à dire : “D’après le Bunshun...” ».
Continuer le combat avec une arme : les faits
Le succès de l’hebdomaire à scandale a poussé des journalistes d’autres magazines et même de grands journaux à chercher du travail au Bunshun. Shintani dit qu’il est bon de voir autant de passion. « Quand je rencontre un journaliste, je reconnais immédiatement le genre de personne qui peut avoir un scoop. Fondamentalement, ils ont besoin de trois qualités : la force de caractère, l’audace et la sincérité. »
Shintani considère que les médias concurrents sont trop prudents pour offrir une concurrence sérieuse, parce qu’ils craignent d’être poursuivis en justice et qu’ils ne se jettent pas suffisamment dans l’arène pour s’entraîner au combat pour la vérité. « Lorsque vous perdez vos muscles, vous ne pouvez pas courir quand vous en avez besoin et vos coups de poing sont faibles. Pendant ce temps, nous nous sommes concentrés uniquement sur la victoire de ce genre de bataille. »
« Je sens que dans la société, les gens ont peur de faire face à des adversaires puissants. Il devrait toujours y avoir un média prêt à se lever et à se battre, avec les faits comme armes. »
(Photo de titre : le numéro du 2 juillet de Shûkan Bunshun. © Takayama Hirokazu)