Le retour des hirondelles de Ginza
Et « l’effet abeille » n’en finit pas. Deux ans après le débuts de cette belle aventure, les « hirondelles de Ginza », qui s’étaient faites de plus en plus rares, ont commencé à revenir dans le quartier.
« En 2017, nous avons observé la présence de seulement deux nids d’hirondelles dans le quartier de Ginza. En 2019, non seulement le nombre de nids a augmenté mais les habitats des hirondelles ont été confirmés dans pas moins de six endroits. La raison : les abeilles domestiques. Ces insectes sont en fait un maillon de leur chaîne alimentaire. Les hirondelles se nourrissant d’insectes volants, généralement dans un rayon d’environ 300 mètres, la ruche d’abeilles sur le toit du Paper and Pulp Building constitue une source de nourriture de choix pour les oiseaux, explique Kaneko Yoshihiko passionné d’oiseaux urbains qui étudie les hirondelles de Ginza depuis près de quarante ans.
Les hirondelles sont appréciées des agriculteurs au Japon parce qu’elles se nourrissent des insectes nuisibles dans les récoltes de riz. De plus, comme les hirondelles construisent généralement leurs nids dans des quartiers de passage, une légende urbaine a fini par les associer à des affaires florissantes. Les hirondelles de Ginza étaient autrefois si célèbres que leur nom apparaissait même dans une chanson populaire.
Depuis les années 1980, époque à laquelle il a commencé à étudier les hirondelles, Kaneko Yoshihiko a constaté une diminution de la population des hirondelles de Ginza. Il avait alors confirmé la présence de huit aires de nidification, mais ce nombre n’a cessé de diminuer. Généralement , les hirondelles construisent leurs nids sous les avant-toits des immeubles, dans des endroits fréquentés. Soucieuses de protéger leurs petits, elles choisissent des endroits de passage moins susceptibles d’attirer des prédateurs tels que les corbeaux et les moineaux. Cependant, ces dernières années, de nombreux bâtiments anciens dans le quartier de Ginza ont été démolis ou reconstruits, empêchant les hirondelles d’y faire leur nid. Kaneko Yoshihiko, à l’origine d’un projet de création de nids artificiels pour attirer ces oiseaux, se réjouit de constater un retour progressif des hirondelles de Ginza.
Tanaka, lui, était plus mitigé. Après s’être autant investi dans ce projet d’apiculture, le retour des hirondelles ne le réjouissait pas vraiment. Mais ses craintes ont vite été apaisées après avoir vu un film sur les abeilles réalisé à l’aide d’une caméra à grande vitesse. Il a compris que lorsqu’elles se sentent menacées, les abeilles savent régir rapidement ; elles changent soudainement de direction ou ralentissent pour échapper à leurs prédateurs. Seules les hirondelles les plus habiles pourraient donc attraper des abeilles du rucher.
« C’est aussi ainsi que fonctionne la chaîne alimentaire » se résigne Tanaka. « Après tout, les hirondelles et les abeilles survivent comme elles le peuvent à Ginza. Et les abeilles sont arrivées après les hirondelles. » En raison de la pandémie de coronavirus, c’est l’équipe de Ginpachi qui prend la relève et observe les hirondelles pour Kaneko Yoshihiko, qui ne peut se rendre dans le quartier de Ginza.
Avec la crise sanitaire, Tanaka a saisi l’importance du rôle de ses abeilles dans la société. Les abeilles ne peuvent pas survivre dans un environnement pollué par des produits chimiques agricoles. Elles servent donc souvent d’indicateurs de la pollution environnementale.
« J’espère que nous ne vivrons plus dans une société dominée par les grandes entreprises, mais plutôt dans une société où tout le monde pourra coexister avec les abeilles, indicateurs d’un environnement propre et sans pollution. »
(Voir le site officiel du projet Ginpachi et les articles en vente)
(Photo de titre : à gauche, l’équipe de Ginpachi, avec le président Tanaka Atsuo [deuxième en partant de la gauche] ; à droite, les abeilles ouvrières réunies autour de leur reine. Toutes les photos ont été fournies par l’auteur.)


