La peur d’un employé avec enfant
Torii Ichirô (pseudonyme) est un employé, chargé de famille. Alors qu’il résidait dans le quartier de Sanchaung, un district très fréquenté de Yangon, mi-mars, suite aux affrontements entre manifestants et forces de l’armée, il a déménagé avec sa famille dans un hôtel pour résidents de longue durée dans le centre-ville.
Sanchaung a été le théâtre d’une série de raids de la police contre les résidents. De nombreux coups de feu étaient entendus et la nuit, tout le quartier était très bruyant, du fait des manifestations au son de marmites frappées en rythme. Comme M. Matsuyama, M. Torii se croyait à l’abri en tant que ressortissant étranger. Mais après avoir vu sur internet des images des milices militaires pointant indistinctement leurs armes les habitants, il a compris que cette logique n’était plus tenable. Un après-midi, M. Torii, qui était sorti en ville, s’est retrouvé entouré de militaire, sans aucun autre civil.
« Je me suis demandé si j’allais être arrêté, interrogé, ou peut-être abattu par erreur. La sécurité du quartier n’était plus assurée et c’est là que j’ai décidé de déménager. Quand nous avons atteint l’hôtel où nous sommes actuellement, je me suis senti plus tranquille. »
À Sanchaung, les centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés, ont été circonscrits dans un seul district. Ils ont été arrêtés, sauf ceux qui ont réussi à s’enfuir, et fin mars, l’armée avait presque totalement pris le contrôle du quartier et retiré les barricades. Cependant, les résidents continuent de protester occasionnellement, notamment en brûlant des pneus.
De jeunes vies perdues
Le coup d’État n’a pas vraiment changé la situation pour les écoles, dans la mesure où, dès avant le coup d’État, de nombreuses écoles étaient passées en distanciel ou fermées en raison de la pandémie de coronavirus. Mais pour les parents, le sentiment de danger concernant la sécurité de leurs enfants est extrêmement fort.
À Mandalay, dans le centre du pays, des militaires qui poursuivaient des manifestants, ont fait irruption dans une maison et ont tué une fillette de sept ans qui se trouvait assise sur les genoux de son père. Plusieurs jeunes enfants sont morts, notamment un jeune garçon abattu devant sa maison alors qu’il regardait la manifestation, et un autre qui a pris une balle perdue à l’intérieur de sa maison. L’Unicef a fait mention de plus de 500 mineurs avaient été détenus arbitrairement et qu’au moins cinq étaient morts à la suite de l’occupation d’établissements scolaires par les forces militaires.
M. Torii, dont la situation personnelle ne lui permet pas de quitter immédiatement le pays, s’indigne que des jeunes vies soient fauchées si près de chez lui.
« Il est clair que des enfants sont maintenant ciblés indistinctement, sans considération du fait que ce sont des enfants ou non. C’est une pratique qui rappelle organisations terroristes en Afrique. Tout ce que je peux faire actuellement est d’être extrêmement prudente pour protéger mes enfants.
Pensées pour le Myanmar
Je conclurai par quelques mots de M. Doimori, qui m’a aidé à rédiger cet article.
« Le Myanmar attire et fascine parce que le pays apparaît comme la dernière frontière de l’Asie du Sud-Est. C’est l’un des pays les plus pauvres du monde, peut-être, mais ses habitants sont riches de leur esprit de générosité. Mais, alors que les forces d’autodéfense japonaises sont dévouées à la protection de la population, comme j’ai pu m’en rendre compte en 2011 pendant les quelques mois que j’ai passé comme volontaire à la reconstruction après le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon, je suis toujours indigné chaque fois que je vois que l’armée du Myanmar a toujours les armes pointées non pas sur un ennemi extérieur, mais sur sa propre population. La pensée qui m’anime en permanence, c’est : “que pourrais-je faire pour ce pays ?” »
(Photo de titre : des manifestants lèvent trois doigts en signe de protestation, Yangon, 27 avril 2021)