Un général japonais épargné par les procès de l’après-guerre
Après la guerre, Staline a cherché à faire condamner Higuchi Kiichirô pour crimes de guerre par le Tribunal militaire pour l’Extrême Orient, lors du Procès de Tokyo. Il lui en voulait de l’avoir contraint à renoncer à ses visées sur le Japon. Mais sa proposition a été écartée par le général Douglas MacArthur, commandant suprême des forces alliées au Japon.
À en croire certains, Higuchi Kiichirô aurait bénéficié de la protection du Congrès juif mondial qui ne voulait pas qu’il soit traduit devant la justice. Toutefois dans ses « Mémoires », le général Higuchi affirme qu’au cours d’un interrogatoire qui s’est déroulé après la guerre, le lieutenant colonel Castle, un officier du Service de renseignements de l’Armée de terre américaine, lui avait fait la confidence suivante : « L’Angleterre vous a apporté son appui le plus total et elle a opposé son veto aux requêtes soviétiques exigeant votre arrestation. »
D’après Higuchi Ryûichi, quand son grand-père a séjourné à Varsovie en 1925, il a collaboré avec Edmund Ironside (1880-1959) alors major général de division de l’armée britannique. Ils ont eu l’occasion de faire des tournées d’inspection ensemble et d’échanger des renseignements à propos de l’Union soviétique. Par la suite, Edmund Ironside est devenu chef d’état-major général impérial (CIGS) et maréchal (field marshall) de l’armée britannique. Higuchi Ryûichi pense donc que c’est lui qui a fait pression sur le général MacArthur pour qu’il épargne son grand-père.
Des mérites qui commencent à être reconnus à leur juste valeur
À partir du moment où le Japon a coopéré avec la Pologne, ses capacités en matière de décodage ont grandement progressé. Or cette collaboration a commencé avec l’envoi de Higuchi Kiichirô à Varsovie, en 1925. La coopération en matière de renseignement entre Tokyo et Varsovie s’est développée quant à elle grâce à Sugihara Chiune. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne a révélé à Onodera Makoto (1897-1987) l’attaché militaire japonais de Stockholm, en Suède, des détails sur l’accord secret conclu à Yalta par Staline pour pouvoir entrer en guerre avec le Japon. Le talent dont Higuchi Kiichirô a fait preuve en tant qu’officier de renseignement anti-soviétique s’explique par le rôle de pionnier qu’il a joué auparavant à Varsovie.
Higuchi Kiichirô n’est pas aussi célèbre que le diplomate Sugihara Chiune, sans doute à cause de sa carrière militaire. Mais le 9 juillet 2021, un symposium a été organisé au Musée du Parlement japonais (Kensei kinenkan) à l’occasion de la création de l’« Association pour célébrer la mémoire du général Higuchi Kiichirô ». En tant que Japonais, je me réjouis que les mérites de ce général qui a tant fait pour sa patrie et pour l’humanité commencent à être reconnus à leur juste valeur dans le monde entier.
(Photo de litre : le général Higuchi Kiichirô. Avec l’aimable autorisation de Higuchi Ryûichi)