La « journée Oyako »
En 2003, le projet d’Osborn a pris une nouvelle tournure avec le lancement de la « journée Oyako », célébrée tous les ans le quatrième dimanche de juillet (date choisie parce qu’elle arrive après la fête des mères et la fête des pères en mai et juin). Lors de la première journée Oyako, les Osborn ont invité 100 familles à venir se faire photographier. Cet événement a connu un grand succès, et les Osborn continuent depuis lors d’inviter 100 familles tous les ans.
« Plus que toute autre chose, nous voulions exprimer notre gratitude envers les familles que nous avons rencontrées au travers de ce projet », dit Osborn. « Nous espérions que cela fournirait pour nous tous une opportunité de réexaminer et de réaffirmer cette relation basique qui fait intrinsèquement partie de nos vies. »
Entre-temps, d’autres photographes ont rejoint le projet. En 2019, pour la 17e journée Oyako, ils seront plus de 50 à gérer leurs propres séances de photographie.
En 2011, c’est un tout autre genre de photos de famille qu’Osborn a été amené à prendre. Suite à la catastrophe qui a frappé le nord-est de Japon au mois de mars de cette année-là, il proposa de photographier des familles dont les maisons avaient été détruites par le tsunami.
« J’ai eu le sentiment que je devais y aller et prendre des photos « Oyako » pour les donner aux familles... une trace durable, que les gens puissent regarder plus tard pour se souvenir de la façon dont ils avaient travaillé de concert à la reconstruction de leurs vies. »
Il décida de faire ses photos en couleurs et de choisir des lieux chargés de sens pour les sujets : une famille sur le terrain où sa maison se dressait jadis, des pêcheurs devant des bateaux que les vagues avaient emportés jusque dans les rues, le propriétaire d’une station-service qui avait tout perdu et remplissait des réservoirs de voitures avec de l’essence provenant de bidons de 20 litres chargés à l’arrière de son camion.
« Entre-temps, je suis retourné plusieurs fois prendre des photos des mêmes familles afin de montrer comment les choses évoluent pour eux et leurs collectivités », explique Osborn.
Deux peuples, un monde
Osborn, qui a grandi aux États-Unis avant de passer de nombreuses années au Japon, observe des différences entre son pays d’origine et son pays d’adoption en ce qui concerne la relation parents-enfants. La langue japonaise, par exemple, dispose d’un mot unique pour désigner les parents et les enfants : le mot oyako, composé des idéogrammes 親 (oya, « parent ») et 子 (ko, « enfant »). En anglais, il n’y a pas de mot unique équivalent à ce terme.
« J’ai eu le sentiment que c’était révélateur de la façon différente dont les deux langues envisagent cette relation », dit-il. « En japonais, parents et enfants sont associés au sein d’une entité unique, alors que l’anglais les traite comme des individus séparés.
« Aux États-Unis, les parents veulent que les enfants puissent se tenir debout tout seuls. De même que la lionne pousse ses petits hors de l’antre, de même les parents veulent qu’en grandissant les enfants deviennent forts et indépendants.
« Au Japon, le travail en commun et le soutien mutuel occupent une place importante. Les très jeunes enfants dorment en général avec leurs parents et prennent leur bain avec eux. À mesure que les parents vieillissent, c’est au tour des enfants de prendre soin d’eux. »
Osborn considère que la façon de penser tant occidentale que japonaise a quelque chose à nous apprendre, et il essaye de trouver un équilibre entre les deux cultures. Il insiste toutefois sur sa volonté de mener un projet qui transcende les différences culturelles.
« Même si vous n’avez pas d’enfants, nous avons ou avons tous eu des parents qui nous ont fait don de la vie. Nous sommes reliés à eux par une longue chaîne qui remonte à l’apparition même de la vie. »
Ce n’est pas une simple coïncidence si Osborn a commencé à faire ses photos de parents et d’enfants quelques mois à peine avant la naissance de sa fille aînée. Aujourd’hui, elle et sa sœur cadette coopèrent au projet (l’une comme conceptrice et l’autre comme illustratrice). Quant à Yoshiko, l’épouse d’Osborn, non seulement elle aide à la prise des photos, mais elle se charge de la production et de la coordination de la journée Oyako.
« Voilà ce que j’appelle un vrai projet oyako ! », dit Osborn. « Et bien entendu, à chaque fois que nous sommes ensemble, nous prenons une photo de famille. »
Oyako : An Ode to Parents and Children
Photographies Bruce Osborn
Sora Books, 2018
- Informations sur le livre : http://oyako.org/en/news-en/2018/12/oyako-book-ode-parents-children/
- Site Internet de Bruce Osborn : http://www.bruceosborn.com/
- Site Internet du projet Oyako : http://oyako.org/en/about/
(Article écrit à l’origine en anglais. Photos : © Bruce Osborn)


