Tolérants, les Arabes m’ont laissé développer ce style libre
Naturellement, le style se définit par son unicité. Les calligraphies arabes comportent généralement de nombreuses arabesques, de marbrures qui viennent ornementer les lettres, mais Honda Kôichi peint d’abord des déserts, des nuits étoilées ou même l’univers avant de disposer le texte sur ce fond.
À première vue, ses œuvres ressemblent davantage à un tableau qu’à une calligraphie, mais ses textes respectent strictement les canons esthétiques traditionnels. La composition est épurée et sans ornementation superflue, son esthétisme a des traits communs avec la calligraphie japonaise qui fait grand cas des espaces vides.
Les Arabes font souvent preuve d’ironie, mais j’ai la chance qu’ils aient toujours été très tolérants, mon style et ma méthodologie d’enseignement ont été acceptés. Par exemple, en calligraphie arabe, il est normal de lever le calame pour reprendre de l’encre au plein milieu d’un tracé, mais moi, il me tient à cœur d’écrire d’un seul trait, comme en calligraphie japonaise. Cela a même été rapporté dans les journaux locaux qui soulignaient à ce propos: « Honda est incroyable ! »
Dans son atelier, une œuvre immense attire tout particulièrement l’œil, elle a été inspirée d’un bol à thé de la dynastie chinoise des Song du Sud, un yohen tenmoku dont on dit qu’il « montre tout l’univers à l’intérieur d’un bol ». Autour de la graphie centrale signifiant « Allah », sont collés des morceaux de papier portant les 99 noms de Dieu, qui comme des planètes semblent flotter dans l’espace.
« Il s’agit des “99 noms d’Allah”, où 99 n’est pas seulement un nombre car comme 1 001 des Mille et une Nuits, il signifie « une infinité ». On peut donc y voir un point commun avec l’expression japonaise des « huit millions de divinités de l’archipel ». Honda Kôichi opère une magnifique fusion entre la calligraphie arabe, la mythologie japonaise et l’art chinois.
À l’instar de son bureau à l’Université Daitô Bunka où il était professeur, son atelier est tapissé d’ouvrages sur la langue et la calligraphie arabes, on y aperçoit également une pile de projets en cours. Quand je lui dis qu’il sert vraiment de pont vers le monde arabe, il m’assure qu’il n’en est rien et ajoute en riant : « Un pont s’effondre rapidement s’il n’a pas de solides fondations. »
« La langue arabe, la culture islamique et le Coran sont incroyablement riches et complexes. Pour ma part, je commence à peine à en comprendre une infime partie. Mon travail de création en calligraphie arabe n’est encore qu’une ébauche, le grand œuvre est à venir ».
(Voir également notre ancien article accompagné de splendides photos des œuvres de Honda Kôichi : Le Japonais qui a révolutionné la calligraphie arabe)
(Reportage et photos des cours de calligraphie : Nippon.com. Photo de l’atelier de Honda Kôichi et vidéo : Kawamoto Seiya)





