Les 24 divisions de l’année solaire au Japon

« Geshi » : le solstice d’été

Vie quotidienne Tradition

Le solstice d’été, geshi, est le jour le plus long de l’année.

Geshi, le jour où la journée est la plus longue et la nuit la plus courte, est une date importante de l’ancien calendrier. Dans l’hémisphère nord, le solstice de l’été 2024 se produit le 20 juin. Le soleil est à son point culminant dans le ciel, et les ombres ont leur taille la plus réduite. À Tokyo, il y a cinq heures de jour de plus qu’au solstice d’hiver. Geshi marque aussi le début de l’été à proprement parler.

Une cérémonie de purification est célébrée au sanctuaire Futami Okitama, à Ise (préfecture de Mie), au cours de laquelle les fidèles se baignent dans les eaux de la baie d’Ise au moment où le soleil se lève entre deux « roches mariées » (meoto iwa) qui se dressent tout près de la côte.

Cet article va se pencher sur les événements et les phénomènes naturels qui jalonnent la période allant en gros du 20 juin au 5 juillet.

La nuit des chandelles

« La nuit des chandelles pour un million de personnes » est un mouvement né au solstice d’été de l’année 2003. Il propose de passer deux heures à se relaxer aux solstices d’été et d’hiver. Entre 20 et 22 heures, les gens éteignent leurs lumières et coupent leur électricité, après quoi ils passent une « soirée lente ». En plus des individus qui y participent, ce mouvement jouit désormais du soutien d’entreprises et d’associations, à tel point que même les lumières de la tour de Tokyo sont éteintes.

À l’occasion de cet événement, le Zôjô-ji, un grand temple de la capitale, allume 1 690 chandelles de 17 couleurs, en référence aux 169 cibles et 17 objectifs définis par les ODD (Objectifs de développement durable).

La nuit des chandelles au temple Zôjô-ji (© Pixta)
La nuit des chandelles au temple Zôjô-ji (© Pixta)

Hangeshô

La période hangeshô, qui s’ouvre traditionnellement le onzième jour après le solstice d’été, recouvre les cinq jours qui précèdent le festival Tanabata (7 juillet). Située en général au plus fort de la saison des pluies, elle est considérée comme une période néfaste. Les agriculteurs s’efforcent d’achever la plantation du riz avant hangeshô.

Le nom fait référence à la période de l’année où pousse la fleur hangeshô (pinellie ternée, pinellia ternata), mais on l’écrit aussi avec un autre idéogramme, qui veut dire « à moitié maquillé » et désigne une autre plante, la queue de lézard asiatique (saururus chinensis), dont les feuilles blanchissent, comme si on les avait enduites de maquillage. Après la fin de la floraison, le blanc des feuilles redevient vert.

La fleur hangeshô (© Pixta)
La fleur hangeshô (Pixta)

Les cerises (sakuranbo)

On appelle parfois les cerises « bijoux rouges ». Elles appartiennent à la famille des roses et sont apparentées aux framboises, aux nèfles et aux ume (prunes japonaises, prunus mume). Elles sont de saison en juin et juillet. On dit que la culture des cerises au Japon remonte à 1868, année où un Allemand a planté six cerisiers à Hokkaidô. Environ 70 % des cerises produites au Japon proviennent de la préfecture de Yamagata. Les Satô Nishiki, une espèce développée par Satô Eisuke, de Higashine, à Yamagata, jouissent d’une grande popularité, due à leur saveur équilibrée, à la fois douce et acidulée.

Les cerises Satô Nishiki (© Pixta)
Les cerises Satô Nishiki (Pixta)

La journée commémorative d’Okinawa (23 juin)

C’est une journée de deuil à la mémoire des 200 000 personnes qui ont perdu la vie lors de la bataille d’Okinawa, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tous les ans, un service commémoratif est célébré dans le parc du Mémorial de la Paix d’Itoman, à Okinawa. Sur la pierre angulaire de la paix, qui se trouve dans le parc, sont inscrits les noms de toutes les victimes de la bataille, quelle que soit leur nationalité. La préfecture a fait de cette date un jour férié, dédié au deuil et aux prières pour la paix. (Voir notre article : Le cénotaphe et le musée Himeyuri : transmettre les affres de la bataille d’Okinawa et la valeur de la paix)

Un homme prie sur la pierre angulaire de la paix, à Okinawa, le 23 juin 2020. (© Jiji)
Un homme prie sur la pierre angulaire de la paix, à Okinawa, le 23 juin 2020. (Jiji)

Nagoshi no Harae (30 juin)

Tous les ans à la fin des mois de juin et de décembre, un rituel de purification est dédié aux gens qui ont commis sans le savoir des péchés ou des actes impurs. Le rituel célébré en été est appelé Nagoshi no Harae. De nombreux sanctuaires érigent un grand anneau, appelé Chi no Wa, constitué de chaume ou d’autres plantes tressées. Les fidèles passent au travers de l’anneau en priant pour leur purification et la protection contre les maladies et autres calamités.

Passage au travers du Chi no Wa du sanctuaire Morito, à Hayama, le 30 juin
Passage au travers du Chi no Wa du sanctuaire Morito, à Hayama, le 30 juin

L’ouverture de l’ascension du mont Fuji (1er juillet)

Le mont Fuji, considéré comme une montagne sacrée, est ouvert à l’ascension à partir du 1er juillet par la voie Yoshida, qui part de la préfecture de Yamanashi. Les Japonais vouent un culte aux montagnes depuis les temps anciens, et l’accès aux montagnes saintes a toujours été soumis à des restrictions. L’ouverture du mont Fuji prend son origine dans la tradition d’ouverture des montagnes saintes aux ascensions de nature religieuse, pendant une période limitée de l’été. Le chemin qui part de la cinquième station de la montagne, le point le plus élevé accessible en voiture, est alors ouvert aux grimpeurs. Les cabanes de montagne et les postes de premiers soins ouvrent aussi ce jour-là. (Voir notre article : Le mont Fuji : les infos de base)

 Grimpeurs vénérant le soleil levant depuis le sommet du mont Fuji un 1er juillet (© Jiji)
Grimpeurs vénérant le soleil levant depuis le sommet du mont Fuji un 1er juillet (Jiji)

Minazuki

Dans l’ancien calendrier japonais, le sixième mois de l’année, connu sous le nom de « minazuki » (mot qui veut dire « mois chaud et sans pluie »), durait approximativement de la fin du mois de juin au début du mois d’août. Minazuki désigne aussi un gâteau japonais, originaire de Kyoto, à base d’uirô (une préparation gélatineuse et ferme de farine de riz ou de fécules de marante) recouvert de haricots azuki et découpé en triangles ressemblant à de la glace. À l’époque de Heian (794-1185), pendant cette saison chaude et humide, la cour impériale se prémunissait contre la chaleur en mangeant de la glace conservée depuis l’hiver dans des glacières. Mais les gens ordinaires, qui n’avaient pas accès à un tel luxe, mangeaient, dit-on, des minazuki faute de pouvoir déguster de la glace. À Kyoto, la consommation de ce gâteau le 30 juin reste coutumière.

Minazuki (© Pixta)
Minazuki (Pixta)

Tokoroten

Le tokoroten, un plat à base de gelée d’agar agar (extrait d’algues rouges) découpée en tranches, est consommé au Japon depuis l’époque de Heian. On fait bouillir des algues tengusa jusqu’à ce qu’elles se dissolvent, puis on les refroidit pour obtenir de la gelée, qu’on dispose dans une boîte dont le fond est grillagé, après quoi on se sert d’un pilon pour faire passer la gelée à travers le grillage et obtenir de longues bandes. Servi froid, le tokoroten se mange facilement lorsque la chaleur vous a coupé l’appétit. Le nappage varie selon les régions, mais il est en général constitué de vinaigre, de sauce soja et de mirin, ou sirop de sucre brun.

Tokoroten (© Pixta)
Tokoroten (Pixta)

Le poisson kanpachi

Le kanpachi, ou sériole couronnée, est un cousin du buri, la sériole du Japon, mais de plus grande taille, puisque sa longueur peut atteindre 1,50 mètres. Ce poisson à la chair grasse et savoureuse convient parfaitement pour le sashimi, mais on peut aussi le servir cru et assaisonné au-dessus d’un bol de riz (tsukedon), cuit dans de la sauce teriyaki, bouilli dans de la sauce soja ou en carpaccio.

Sashimi de kanpachi (© Pixta)
Sashimi de kanpachi (Pixta)

(Article supervisé par Inoue Shôei, chercheuse sur le calendrier et auteure, prêtresse shintô, professeure invitée à l’université Tôhoku Fukushi. Photo de titre : lever du soleil entre les meoto iwa, « roches mariées », au solstice d’été. Pixta)

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