Changements structuraux de la population totale

Les pyramides des âges sont utiles pour visualiser les changements qui interviennent dans la structure de la population, mais une analyse plus fine est nécessaire afin de mettre au jour les problèmes que le Japon va devoir affronter dans les décennies à venir et d'identifier les remèdes appropriés. Nous utiliserons le tableau ci-dessous, une compilation des principaux indicateurs démographiques, du passé (1960 et 1985), du présent (2010) et du futur (2035 et 2060), fournis par les Projections démographiques pour le Japon et d'autres statistiques gouvernementales. Nous pouvons identifier, à partir de ces données, cinq grandes tendances.

La structure des âges au Japon, 1960-2060

  1960 1985 2010 2035 2060
A. Population (en millions) Index : 100 = 2010 93,42
(73,0)
121,05
(94,5)
128,06
(100)
112,12
(87,6)
86,74
(67,7)
  B. Enfants (0 à 14 ans) 28,07
(166,7)
26,03
(154,6)
16,84
(100)
11,29
(67,0)
7,91
(47,0)
C. Actifs (15 à 64 ans) 60,00
(73,4)
82,51
(101,0)
81,73
(100)
63,43
(77,6)
44,18
(54,1)
D. Âgés (65 ans et plus) 5,35
(18,1)
12,47
(42,3)
29,48
(100)
37,41
(126,9)
34,64
(117,5)
Âgés (75 ans et plus) 1,63
(11,5)
4,71
(33,2)
14,19
(100)
22,78
(160,5)
23,36
(164,6)
Pourcentage des âgés dans la population totale (D/A) 5,7% 10,3% 23% 33,4% 39,9%
Indice de dépendance des seniors (D/C) 8,9%
(1/11)
15,1%
(1/7)
36,1%
(1/2,8)
59,0%
(1/1,7)
78,4%
(1/1,3)
Données de référence
Indice de dépendance des seniors si C = 20 à 69 ans, et D = plus de 70 ans 6,0%
(1/17)
10,6%
(1/9)
25,3%
(1/4)
43,9%
(1/2,3)
62,2%
(1/1,6)
Naissances (en millions) 1,61
(149,9)
1,43
(133,6)
1,07
(100)
0,71
(66,5)
0,48
(45,0)
Décès (en millions) 0,71
(59,0)
0,75
(62,8)
1,20
(100)
1,66
(138,3)
1,54
(128,3)

Sources : Statistiques des recensements effectués par le ministère de l'Intérieur, Projections démographiques pour le Japon, janvier 2012, de l'INPRSS (statistiques basées sur les hypothèses intermédiaires de natalité et de mortalité).

La première de ces tendances est une diminution de la population totale. Elle se réduira d'un tiers entre 2010 et 2060, passant de 128,06 millions à 86,74 millions. Elle diminuera de 15,94 millions entre 2010 et 2035, puis la baisse accélérera puisqu'elle sera de 25,38 millions entre 2035 et 2060. A partir de 2040, il faut s'attendre à ce que la population japonaise diminue de plus d'un million de personnes par an, ce qui correspond approximativement à la population des préfectures les plus petites du Japon.

Comment expliquer une chute aussi rapide ? Pour dire les choses simplement, elle est due à l'augmentation des décès au fur et à mesure que la population vieillit, et au déclin du nombre des naissances. En 2040, par exemple, il devrait y avoir 1,67 millions de décès et seulement 670 000 naissances, ce qui causera une perte nette de population d'un million. Même si la mortalité annuelle devrait culminer autour de 2040 et retomber à 1,54 million en 2060, la population totale devrait diminuer de 1,06 million cette année-là puisque le nombre de naissances prévu n'est que de 480 000.

La deuxième tendance est l'augmentation de la population âgée et celle du nombre de personnes âgées rapporté à la population totale. La population âgée devrait passer de 29,48 millions en 2010 à 37,41 millions en 2035. Elle culminera à environ 38,78 millions en 2042, avant de commencer à diminuer, mais étant donné que la population totale diminuera encore plus vite, les personnes âgées représenteront 39,9 % du total en 2060. Cela revient à dire qu'un habitant sur quatre aura plus de 65 ans. Le nombre de personnes classées comme « très âgées » devrait augmenter particulièrement rapidement à partir du moment où les enfants du baby-boom franchiront le seuil des 75 ans : entre 2010 et 2035, ce groupe d'âge devrait connaître une progression de près de 60 %, passant de 14,19 millions à 22,78 millions. Leur vieillissement fera aussi passer pendant la même période le nombre annuel de décès de 1,2 à 1,6 million, une progression de 40 %. Une société très vieillissante est une société à mortalité élevée.

La troisième tendance remarquable est la baisse des naissances et l'extraordinaire diminution de la population jeune. Alors qu'il y avait 16,84 millions d'enfants en 2010, il ne devrait y en avoir que 11,29 millions en 2035, un tiers de moins, et seulement 7,91 millions en 2060, c'est-à-dire la moitié de leur nombre de 2010.

Il faut souligner que la poursuite de la baisse de la natalité n'est pas la première raison de cette diminution des naissances. Le taux de natalité utilisé dans les Projections démographiques pour le Japon est de 1,34 en 2035 et 1,35 en 2060 pour l'hypothèse moyenne, et de 1,59 en 2035 et 1,60 en 2060 pour l'hypothèse haute, taux à comparer avec celui de de 1,39 en 2010. Dans les deux hypothèses, le nombre total de naissances chute.(*2) Cette baisse prononcée des naissances est une conséquence inévitable de la baisse du nombre de femmes en âge de procréer, causée par la baisse de la natalité des années précédentes.

Ceci ne remet pas en question l'intérêt des mesures destinées à encourager les naissances. Le gouvernement se doit de créer un climat favorable au mariage, à la procréation, et à l'éducation des enfants par une politique du travail favorable à la famille et des mesures pour faire baisser le chômage des jeunes adultes. Mais il faut aussi comprendre que même si ces politiques réussissent à relancer la natalité, elles ne suffiront pas à renverser le déclin démographique, et particulièrement celui de la population des jeunes dans les décennies à venir.

La quatrième tendance importante est la diminution rapide de la population active. Elle a débuté il y a quelque temps (la population active a culminé à 81,17 millions en 1995) mais en 2060, elle ne sera plus que de 44,18 millions, environ la moitié de ce qu'elle était en 2010, 81,73 millions. A moins que le taux de participation au marché du travail augmente, cela se traduira par une chute proportionnelle de la main d'œuvre. Le principal problème à cet égard est que les projections démographiques montrent que la population active continuera à diminuer approximativement au même rythme de 2010 à 2035 (avec une perte de 18,3 millions) et de 2035 à 2060 (- 19,25 millions). La population active qui finance les seniors diminuera significativement au moment même où les effectifs de la population âgée exploseront entre 2010 et 2035.

Cela nous amène à la cinquième tendance qui est l'augmentation rapide du taux de dépendance des âgés (à savoir le nombre de personnes âgées rapporté à la population active) que nous pouvons reformuler comme le nombre d'individus productifs finançant chaque personne âgée. En 1985, il y en avait 7 par retraité, et en 2010, 2,8. La baisse devrait se poursuivre pour passer à 1,7 en 2035 et 1,3 en 2060.(*3)

Ces projections sont indéniablement basées sur des groupes d'âge qui ne correspondent qu'imparfaitement aux réalités de la société japonaise, étant donné le pourcentage élevé de Japonais qui poursuivent leur scolarité jusqu'au supérieur, et la volonté de nombreux Japonais âgés de plus de soixante-cinq ans de continuer à travailler. C'est la raison pour laquelle le tableau ci-dessous fournit, à titre indicatif, des projections alternatives, dans lesquelles l'âge de la population active est défini comme allant de vingt à soixante-neuf ans, et celui de la population âgée comme de soixante-dix ans et plus. Le taux de dépendance des âgés croît un peu moins rapidement dans ce cas, mais l'augmentation demeure remarquable.