Différences régionales et changements dans la structure des ménages
Définir les changements qui affectent la population totale et la pyramide des âges ne suffit pas si l'on cherche à formuler des politiques publiques efficaces pour relever le défi que constitue le vieillissement rapide. Deux autres facteurs importants entrent en jeu.
Le premier d'entre eux est constitué par les différences régionales dans l'évolution de la pyramide des âges. Bien qu'on ait souvent souligné que le vieillissement et le dépeuplement sont des problèmes qui touchent les zones rurales, selon les Projections démographiques par préfecture de l'INPRSS (mai 2007), la population âgée croîtra à un rythme plus rapide dans les grandes villes japonaises qu'ailleurs.(*4) Ce rapport prévoit qu'elle augmentera d'au moins 75 % d'ici à 2035 dans les préfectures de Saitama, Chiba, Kanagawa et Okinawa, et d'au moins 50 % dans les préfectures de Tokyo, d'Aichi et de Shiga. Hormis Okinawa, ces préfectures sont situées dans les trois principales conurbations japonaises, à savoir Tokyo, Osaka et Nagoya. Cette augmentation spectaculaire de la population âgée dans les grandes villes et leur périphérie remonte à la migration massive vers les grandes villes des années 50 et 60. Les jeunes adultes qui abandonnèrent la campagne pendant la période de croissance économique rapide vieillissent rapidement.(*5) Nul ne saurait nier que le problème du dépeuplement du Japon rural est particulièrement sérieux pour les communautés qui n'ont plus une population suffisante pour garantir leur viabilité. Mon propos ici est simplement de souligner que le vieillissement de la population dans les principales conurbations n'est pas une question qui peut être reléguée à plus tard.
Le second facteur à prendre en compte, particulièrement en rapport à l'offre de soins et de soins de longue durée, est constitué par les changements dans la structure des ménages. Selon les Projections concernant le nombre de ménages publiées par l'INPRSS en mars 2008, le nombre de ménages composées de trois générations continuera à diminuer, tandis que celui des ménages composés d'un couple ou d'une personne seule augmentera rapidement. Les ménages dont le chef de famille est âgé de plus de 65 ans connaîtront une progression remarquable, de 13,55 millions en 2005 à 19,03 millions en 2030, tandis que ceux composés uniquement d'un couple passeront de 4,65 millions à 5,69 millions, et ceux de célibataires de 3,87 millions à 7,17 millions. En ce qui concerne les personnes âgées vivant seules, il faut effectuer une distinction entre celles qui habitent à proximité de leurs enfants, et celles dont ce n'est pas le cas, étant donné la différence que cela crée pour l'aide et le soutien en cas d'urgence dont les premières peuvent bénéficier. A cet égard, l'augmentation prévue du nombre de personnes n'ayant jamais été mariées et vivant seules est particulièrement édifiante : de 0,27 millions pour les hommes, et de 0,53 millions pour les femmes en 2005, à respectivement 1,68 millions et 1,2 millions en 2030. On ne pourra pas résoudre ce problème seulement en fournissant un tuteur adulte aux personnes atteintes de démence sénile. Les collectivités japonaises sont aujourd'hui confrontées à la nécessité de se substituer aux familles dans le rôle que celles-ci ont traditionnellement joué.
