Deux flèches dans la cible
À la fin du mois de décembre, le cabinet nouvellement formé par M. Abe a proposé sa propre vision des Abenomics, définie comme une stratégie à trois pointes, ou « flèches » : (1) politique monétaire agressive, (2) politique budgétaire souple et (3) stratégie de croissance favorable à l’investissement privé. C’est ainsi que l’expression Abenomics en est venue, pour ceux qui le perçoivent dans son sens étroit, à désigner un expansionnisme monétaire agressif conçu pour venir à bout de la déflation et, pour ceux qui en ont une interprétation plus large, à inclure les deux autres « flèches » que constituent la politique budgétaire et la croissance économique tirée par le secteur privé.
Quoi qu’il en soit, le cabinet a déjà tiré ses deux premières flèches, et elles semblent avoir atteint leur cible.
En ce qui concerne l’assouplissement monétaire, la Banque du Japon a décidé, lors de sa réunion de politique monétaire du début du mois d’avril, la première depuis la toute récente nomination de Kuroda Haruhiko au poste de gouverneur, d’agir avec détermination en vue de « doubler la base monétaire ». Certains ont exprimé la crainte qu’en renonçant à la politique monétaire prudente et minimaliste de jadis en faveur d’une injection massive et concentrée de ressources, M. Kuroda ne court le risque d’alimenter une nouvelle bulle spéculative. Pourtant, comme en témoignent la progression ininterrompue des cours de la Bourse et les dépréciations renouvelées du yen, les marchés ont été agréablement surpris par l’engagement de la BoJ.
Pour ce qui est de la politique budgétaire, le gouvernement Abe a pris un départ retentissant avec son budget supplémentaire de 13 000 milliards de yens pour l’exercice 2012, approuvé par la Diète à la fin du mois de février. L’inscription d’un montant de 5 000 milliards de yens provenant d’émissions d’emprunts d’État dans la colonne des recettes indique que le premier ministre et ses conseillers ont une bonne relation de travail avec le ministère des Finances. Le budget supplémentaire a affecté des fonds aux dépenses de travaux publics sur une période de quinze mois commençant en janvier 2013 et, sachant que seule une toute petite fraction de ce montant avait été dépensée avant fin mars, on peut s’attendre à ce que le plus gros de l’injection se fasse pendant l’exercice budgétaire 2013, ce qui aura un effet tonifiant sur le produit intérieur brut de l’année en cours.
Le commerce comme clé de la croissance
Des questions continuent toutefois de se poser en ce qui concerne le troisième volet des Abenomics — la « stratégie de croissance favorable à l’investissement privé » — volet qui est indubitablement le plus important à long terme, vu qu’il relève de l’économie réelle. « Stratégie de croissance » est une expression passe-partout (tout comme la « réforme structurelle » de M. Koizumi), mais quand on en vient aux détails, on constate en général qu’elle accorde beaucoup de place aux incitations et autres mesures fiscales axées sur les « secteurs de croissance ». Fondamentalement, le gouvernement s’efforce d’identifier les gagnants et les perdants — une démarche hautement questionnable dans une économie de marché industrialisée comme celle du Japon.
Plus prometteuse est l’approche que constitue la croissance par le biais du libre-échange. C’est pourquoi la participation du Japon aux négociations du TPP s’annonce comme un pivot de la stratégie de revitalisation de l’économie adoptée par M. Abe.
Pendant des années, les économistes ont soutenu que l’incapacité du Japon à se conformer aux tendances internationales de la politique commerciale — et notamment la prolifération des accords régionaux et bilatéraux de libre-échange —, sapait sa compétitivité. Pour un pays où le vieillissement rapide et le déclin de la population empêchent la demande intérieure d’afficher une croissance vigoureuse, l’expansion du commerce extérieur et de l’investissement est essentielle au maintien de la croissance.
En janvier dernier, le gouvernement a mis sur pied le Conseil pour la compétitivité industrielle, qui doit publier dans le courant du mois de juin ses recommandations pour une nouvelle stratégie de croissance. Parmi ses membres, figure un éminent chef d’entreprise qui considère que le TPP constitue un outil pour « convertir l’économie japonaise à un nouveau mode de fonctionnement ». Il a bon espoir que le processus des négociations va donner un coup de fouet à la réforme des règles dans divers secteur où elle se fait depuis longtemps attendre.
