Pourquoi le Japon doit participer au processus

Fondamentalement, le Japon a trois bonnes raisons de participer au processus du TPP.

Premièrement, cela lui éviterait de prendre encore plus de retard dans la course à la conclusion d’ALE et lui permettrait de participer à l’élaboration des règles présidant aux échanges internationaux. Depuis la rupture des négociations sur le commerce international menées dans le cadre du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du Commerce, les pays du monde entier rivalisent pour conclure des ALE bilatéraux et régionaux. Dans cette course, le Japon a pris un retard que le TPP lui offre une bonne occasion de combler. Cet accord constitue en outre un bon terrain d’expérimentation pour la mise en place de règles multilatérales dans des domaines comme le commerce, l’investissement, les droits de propriété intellectuelle, la main-d’œuvre et l’environnement — une entreprise que le Japon serait stupide de boycotter.

Deuxièmement, la participation du Japon lui permettrait de faire avancer le processus d’intégration économique de la région Asie-Pacifique. Le TPP est l’une des voies les plus fiables pour parvenir à l’objectif à long terme que constitue l’établissement d’une zone de libre-échange à l’échelle de la région Asie-Pacifique. On peut aussi s’attendre à ce qu’il stimule la concurrence en vue de conclure des accords régionaux à plus petite échelle, par exemple un ALE entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud ou un partenariat économique régional global en Asie du Sud-Est.

Troisièmement, la participation accélérerait les réformes économiques internes dont le Japon a grand besoin. Il ne suffira pas de tourner le dos au TPP pour que disparaissent les problèmes auxquels se trouve confronté le secteur agricole. Il est grand temps de s’atteler aux mesures de modernisation qui auraient dû être prises dans le cadre du cycle d’Uruguay des négociations sur le commerce multilatéral (1986-1994).

La concertation avec Washington

Chez les partisans comme chez les adversaires du TPP, les gens ont tendance à surévaluer son impact immédiat. Loin d’annoncer la seconde (ou troisième) ouverture du Japon ou de présager une deuxième occupation américaine, cet accord constitue simplement l’un des nombreux dispositifs de négociation des règles du commerce international. Même si l’objectif stratégique de contenir la puissance chinoise dans la région fait partie des motivations des États-Unis, il serait faux de considérer que c’est la principale raison d’être de l’accord.

Les bénéfices que le Japon peut anticiper sont tout simplement ceux qu’il est en droit d’attendre en œuvrant à la promotion du libre échange et de l’intégration régionale en Asie-Pacifique.

Les nations industriellement avancées se trouvent confrontées à de difficiles problèmes structurels, dont la crise de la dette souveraine qui sévit en Europe est emblématique. Jusqu’à ce que ces problèmes soient résolus — ce qui n’est sans doute pas pour demain —, le monde industriel doit faire ce qui est en son pouvoir pour soutenir et renforcer la vitalité des nations asiatiques en développement rapide. M. Abe est conscient que le Japon tout particulièrement doit puiser dans cette vitalité via le commerce et l’investissement.

Le premier ministre se rend également compte que le Japon doit monter sur scène et se comporter en « leader de la promotion des règles », comme il l’a dit dans l’allocution qu’il a prononcée en février dernier à Washington DC, au Centre pour les études stratégiques et internationales. Toute règle élaborée à travers la coopération des États-Unis, la première puissance économique mondiale, et du Japon, la troisième, est vouée à susciter le respect du reste de la communauté internationale. Idéalement, le moment viendra où nous pourrons intégrer la Chine, seconde économie mondiale, dans ce processus. Un tel TPP mériterait vraiment qu’on en fasse un élément clé de notre stratégie nationale à long terme.

(D’après l’original éctit en japonais le 15 avril 2013)