L’accès à l’information, condition préalable à toute véritable compétition universitaire
La transparence et la responsabilité jouent un rôle capital dans le monde actuel. Les universités des pays anglophones donnent ouvertement accès à toutes les informations concernant l’enseignement qu’elles dispensent, les recherches qu’on y fait ainsi que leur administration et leurs finances. Et tout est rédigé en anglais, la langue mondiale. Juger de la qualité des travaux des étudiants est ainsi beaucoup plus facile parce que ceux-ci sont écrits en anglais et que tout le monde y a accès.
Il en va de même pour les programmes des cours et les manuels. Quand ceux-ci sont rédigés dans une langue véhiculaire, ils sont à la portée de toute personne désireuse de les consulter. Le public peut ainsi accéder librement à l’information. De ce fait, chacun est en mesure d’établir un classement des universités car il dispose de tous les renseignements nécessaires sur la qualité de l’enseignement et de la recherche de tel ou tel établissement, ainsi que sur sa situation financière et sur la façon dont il est géré.
L’accès à l’information favorise l’apparition d’une véritable compétition internationale où enseignants, étudiants et donateurs vont et viennent à travers le monde en sélectionnant librement les établissements de leur choix. Dans un environnement où la compétition est reine, l’évaluation des universités est une affaire cruciale dont dépend leur survie.
Barrière linguistique et manque de transparence
Voyons maintenant ce qu’il en est des universités japonaises. À moins qu’elles ne soient traduites en anglais, les informations concernant la qualité des cours et de la recherche, la situation financière et la gestion d’un établissement de l’enseignement supérieur ne sont accessibles qu’à ceux qui lisent le japonais. À cause de la barrière linguistique que constitue cette langue extrêmement difficile à apprendre si l’on se place dans une perspective mondiale, tout ce qui se passe dans les universités de l’Archipel manque de transparence pour le reste du monde.
Il y a toutefois une exception en ce qui concerne les sciences et l’ingénierie où les publications sont en général en anglais. Mais dans les autres disciplines, il est impossible à un œil extérieur de se faire une idée de la qualité de l’enseignement et du niveau des étudiants. Tant et si bien que le classement mondial des universités n’a pas vraiment d’influence sur le marché universitaire japonais (enseignants, étudiants et donateurs). Ce qui revient à dire que les universités japonaises fonctionnent en dehors de la compétition internationale « réelle » dans laquelle sont impliqués leurs homologues des pays anglophones.
Les universités japonaises sont presque totalement hors du champ de la compétition mondiale. À la fin de leurs études, les élèves des filières des sciences humaines et sociales, c’est-à dire 60 % de la population étudiante japonaise, essaient de trouver un emploi dans les entreprises les plus renommées. Le recrutement se fait en fonction du prestige de l’université où ils ont obtenu leur diplôme. Tout ce qui compte, c’est la difficulté du concours d’entrée de l’établissement d’où ils viennent. Peu importe la discipline qu’ils ont choisie, la façon dont leurs études se sont déroulées et même les notes qu’ils ont obtenues. Les étudiants consacrent la quasi totalité de leur dernière année à l’université à la recherche d’un poste et ceci au détriment de leurs études proprement dites. Voilà qui prouve à quel point les universités japonaises sont loin d’être dans la compétition « réelle » où évolue le reste du monde.
