Pour une nouvelle « architecture régionale »

Le système que nous envisageons de mettre en place rappelle à bien des égards l’« architecture régionale » évoquée par Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État américaine, dans un discours qu’elle a prononcé le 12 janvier 2010 au East-West Center de Honolulu, à Hawaii. Elle a notamment déclaré : « Les États-Unis… jouent un rôle capital en contribuant à gérer les difficultés auxquelles chacun des pays de cette région est confronté. Face à ce nouveau contexte, nous devons mettre en place une architecture institutionnelle qui optimise nos projets de coopération, instaure un climat de confiance et réduise les frictions dues à la compétition ». L’Accord de partenariat transpacifique (TPP) – un traité multilatéral de libre-échange visant à intégrer les pays de la région Asie-Pacifique – est sans doute le meilleur exemple du genre de système régional envisagé par les États-Unis.

L’évolution du rapport de force entre la Chine et les États-Unis dans la région de l’Asie-Pacifique est en train de transformer profondément la situation politique, économique et sécuritaire de cette partie du monde. Pour protéger ses intérêts dans ce contexte perturbé, le Japon ne peut plus se contenter de s’aligner sur une grande puissance. Il doit prendre l’initiative et montrer la direction à suivre à la nouvelle communauté régionale en train de se former. Pour y parvenir, il lui faudra faire équipe avec des pays qui ont des intérêts et des valeurs en commun avec lui et sont désireux de créer une nouvelle architecture régionale à part entière. Grâce à cette coopération accrue, le Japon contribuera aussi à renforcer sa propre sécurité.

L’avenir du Japon en matière de coopération internationale

Jusqu’à présent, la coopération entre l’aide publique au développement et les ONG japonaises fonctionnait sur la base du cas-par-cas, le gouvernement accordant son soutien financier à des projets spécifiques conçus et réalisés par des organisations non-gouvernementales. Et il n’y a absolument rien à redire à cela. Mais il me semble qu’investir dans un nouveau système intersectoriel comme l’Alliance pour la gestion des catastrophes dans la région Asie-Pacifique devrait constituer aussi une des grandes priorités de l’APD. Cela permettrait en effet de mettre en place une structure internationale susceptible d’aider le Japon à mener une politique étrangère indépendante. Ce système aurait aussi l’avantage d’optimiser l’accès aux ressources du secteur privé et d’accélérer la rapidité d’intervention de l’aide humanitaire à l’étranger ainsi que sa flexibilité, grâce à la présence d’acteurs du secteur privé et d’organisations à but non lucratif.

Un autre facteur vital pour l’avenir des efforts de coopération internationale du Japon, c’est le développement des ressources humaines. J’ai créé Peace Winds Japan en 1996, un an après le terrible séisme de Kobe. À l’époque, les jeunes japonais ont fait preuve d’une volonté de s’impliquer sans précédent au point que les médias les ont surnommés « la génération de Kobe ». Le tremblement de terre et le tsunami qui ont frappé la région du Tôhoku en 2011 ont eux aussi déclenché une avalanche de dons et de manifestations de bonne volonté. L’intérêt pour les entreprises à vocation sociale, les ONG et d’autres organisations philanthropiques a atteint des sommets. La tragédie du séisme et du tsunami a donné naissance à une « génération du Tôhoku », une véritable mine en termes de ressources humaines qui s’intéresse de très près au service public. La façon dont nous saurons tirer parti de cette « génération » et la former aura un impact énorme sur les performances à venir du Japon dans le domaine de la coopération internationale.

(D’après un texte original en japonais du 18 juillet 2014. Photographie du titre : L’ONG Peace Winds Japan sur le terrain. Avec l’aimable autorisation de Peace Winds Japan)