Ce que veut dire être Japonais
Ceci nous amène à mon dernier point : quel genre de société envisageons-nous, en tant que peuple, pour le Japon dans les années et les décennies à venir ?
Compte tenu des tendances démographiques actuelles et des prévisions d’évolution de la demande de main-d’œuvre dans les prochaines décennies, le Japon pourrait avoir besoin d’accueillir jusqu’à 15 millions d’étrangers, au nombre desquels des immigrants en provenance de pays aussi bien africains qu’asiatiques. Sommes-nous en capacité de faire une place à tous ces gens au sein de la société japonaise ?
En dernier lieu, la vraie question qui se pose est celle de la signification que nous attribuons au fait d’être Japonais. Loin de moi l’idée de tenter de donner une définition de l’identité japonaise dans un bref essai comme celui-ci. Mais qu’on me permette de recourir à une expérience récente pour illustrer mon point de vue sur le sujet.
Lors d’un vol à destination du Japon, j’ai regardé une vidéo, intitulée « Bienvenue au Japon », qui proposait une brève introduction à la culture traditionnelle nippone. J’ai noté avec intérêt que le tout premier personnage historique mis en lumière dans cette introduction était le prêtre chinois Jianzhen (688-763), connu au Japon sous le nom de Ganjin. Jianzhen, expliquait le narrateur, avait non seulement posé les fondations du bouddhisme japonais, mais encore introduit des éléments de la cuisine traditionnelle japonaise aussi essentiels que la sauce au soja et le miso. La vidéo passait ensuite au rôle du bouddhisme zen, qui, après avoir été transmis depuis l’Inde via la Chine, a profondément influencé et transformé le bouddhisme nippon et la culture japonaise dans son ensemble.
C’est là le point essentiel. L’histoire du Japon est marquée par des vagues successives d’influence étrangère, dont chacune a stimulé l’innovation et le progrès et qui sont toutes devenues partie intégrante de la culture propre au Japon. De mon point de vue, Cette acceptation dynamique et cette assimilation créative de l’influence étrangère se trouvent au cœur de l’identité japonaise.
La politique migratoire qui est en train d’émerger au Japon offre matière à débat et mérite d’être étoffée, depuis notre vision basique de l’avenir jusqu’aux mesures spécifiques à prendre en matière d’éducation, de soins de santé et autres services. Cette délibération ne fait que commencer. J’attends avec impatience de voir émerger un débat à multiples facettes intégrant un large éventail de points de vue, y compris ceux des employeurs et des employés, des décideurs politiques et des historiens, des citoyens japonais et des ressortissants étrangers.
(Publié originellement en japonais le 23 janvier 2019. Photo de titre : des stagiaires techniques indonésiens d’une exploitation de la préfecture de Kagawa empaquettent des laitues destinées à être expédiées. Jiji Press)
