Le jean délavé, né à Kojima
Une autre spécificité de Kojima est l’existence d’une véritable division du travail. Les divers processus — tissage, teinture, confection, traitement —, hautement spécialisés, requièrent des techniques extrêmement spécifiques. C’est particulièrement dans le domaine du traitement que Kojima a acquis sa réputation. A l’époque, comme les jeans américains au denim raide n’avaient pas la faveur des Japonais, les artisans de Kojima ont cherché à rendre leur texture plus agréable ; c’est ainsi qu’est née la technique de lavage du denim.
De nombreuses techniques de transformation sont ensuite apparues, au premier rang desquelles le stonewash, un traitement à la pierre ponce inventé au Japon. Le boom des jeans vintage dans les années 1990, la mode des jeans premium depuis le début des années 2000… le succès des jeans coûteux, nécessitant des traitements spécialisés, a permis d’asseoir le savoir-faire de Kojima auprès des fabricants de prêt-à-porter et des designers, et de nombreux jeans premium sont sortis de ses fabriques.
Aujourd’hui, parmi la vingtaine d’entreprises spécialisées dans le traitement des jeans à Kojima, c’est Bitou qui est le plus en vue, pour ses techniques pointues et sa créativité. En 2010, l’entreprise est chargée du traitement des jeans d’une nouvelle marque japonaise, KURO, qui fait parler d’elle dans les salons professionnels en Italie, en Allemagne et en France notamment.
Le PDG de l’entreprise, Shintani Junichi, nous explique que « le traitement des jeans classiques requiert entre huit et dix processus, qui peuvent être subdivisés en plus de trente opérations. » Par exemple, pour l’effet « froissé », qui donne l’impression que le jeans est porté depuis longtemps, ou pour le « sablage », un délavage par projection de sable sous haute pression, les procédés sont décomposés en diverses tâches. Précisions de M. Shintani : « Notre spécificité est d’assurer la production de petits lots, et une fabrication manuelle totalement artisanale. Cela prend du temps et de l’énergie, mais c’est la clé de la richesse d’expression propre à Bitou. Notre force réside également dans la formation de la jeune génération, qui constitue un réel appui technologique. Comme nous mettons au point et adoptons continuellement de nouvelles techniques de traitement, nous possédons des techniques originales inimitables, ce qui constitue aussi un avantage. » Depuis plusieurs années, Bitou assure le traitement et les finitions pour 400 marques, parmi lesquelles de célèbres marques étrangères.
Une force technique en matière de tissage, de confection et de traitement, l’amour du détail et le sens esthétique des artisans, et enfin, une texture et un art du détail nés de la passion… les jeans de Kojima se nourrissent de la combinaison de ces éléments. C’est précisément parce qu’il s’agit d’un produit authentique, fruit du travail de nombreux artisans et de leur savoir-faire, que le jeans « fabriqué à Kojima » est en train d’accéder au statut de marque. Une lancée que rien ne semble pouvoir arrêter.
(Reportage de Nogami Tomoko. Photos : Miyamae Sachiko)
Histoire du textile à Kojima
| Époque d’Edo | Expansion grâce à la culture du coton et implantation de l’industrie textile |
| Années 1880 | Création de plusieurs filatures, début de la fabrication de toiles |
| Ère Taisho | Boom de la production de tabi |
| 1921 | Début de la confection d’uniformes scolaires en série |
| 1958 | Maruo Hifuku (aujourd’hui Big John) se lance dans l’importation et la commercialisation de jeans |
| Années 1960 | Apogée de la confection d’uniformes scolaires en série ; Maruo Hifuku commercialise des jeans de sa confection |
| Années 1970 | Naissance des jeans de Kojima, entièrement fabriqués avec de l’étoffe, du fil et des rivets produits sur place ; début du traitement par lavage |
| Années 1980 | Début du délavage à la pierre ponce et par traitement chimique |
| Années 1990 | Boom des jeans vintage |
| Années 2000 | Mode des jeans premium |
Sources documentaires : Histoire du jeans au Japon, Sugiyama Shinsaku, Editions Kibito ; L’industrie textile à Okayama, Préfecture d’Okayama













