La quintessence de la culture de l’artisan

« Les artisans japonais ne se limitent pas seulement à leurs cinq sens : ils se servent également de leur sixième sens pour fabriquer leurs œuvres, dit-on. Par exemple un sculpteur de statues bouddhiques dit qu’il “extrait la figure du Bouddha qui se trouve dans l’arbre”. Les sculpteurs occidentaux créent une statue à partir de leur imagination en utilisant le matériau, par exemple une tête à partir d’un bloc de marbre, mais les sculpteurs japonais, eux, “font apparaître la statue qui reposait dans le bois”. »

La plupart des outils de M. Kawabe sont fabriqués de ses mains. (Photo : Sawano Shinichirô)

Dans le même ordre d’idée, dans le Sakuteiki, un manuel de réalisation de jardins japonais de l’époque de Heian, qui est encore de nos jours la bible des jardiniers japonais, on trouve le principe : « Obéis à ce que la pierre te demande. » Autrement dit : au lieu de se demander où il va placer un rocher, le jardinier doit demander à la pierre où celle-ci a envie d’être posée. C’est donc en accord avec la volonté de la pierre que le jardin se constituera.

La création d’un bonsaï de M. Kawabe participe également du même principe. L’artisan doit se tourner vers l’arbre, de tout son corps et de toute son âme, de façon à écouter la voix de l’arbre lui dire la forme qu’il souhaite prendre.

« Le désir de l’homme de vouloir façonner un bonsaï à sa manière devrait être la dernière des priorités. Le plus essentiel, c’est toujours la fraîcheur de la vie de l’arbre. Ne croyez pas être capable de fabriquer quelque chose de plus lumineux que la vie. »

Voici donc l’essence de la culture de l’artisan. Faire jaillir la vie du matériau qu’il travaille. La beauté n’est pas une chose que l’homme crée, c’est elle qui se trouve enfoui dans la vie.

Chez M.Kawabe (Photo : Sawano Shinichirô)
(Photo de titre : Kawabe Takeo devant son genévrier du Tôhoku de plus de 1 000 ans d’âge. Sawano Shinichirô)

Pour voir les œuvres de Kawabe Takeo…

Trois œuvres de Kawabe Takeo seront exposées dans l’enceinte de la gare d’Ômiya, pendant le 8e concours mondial du bonsaï à Saitama, du 27 au 30 avril 2017.