Pour les femmes japonaises, un teint lumineux a toujours été synonyme de beauté, comme le montre le proverbe « une peau blanche cache les petits défauts ». De nos jours, malgré la mode du maquillage occidental, les Japonaises restent attachées à un teint clair. Remontons aux sources de cette esthétique.
Le teint clair, une question de bienséance
Dans toutes les sociétés, les femmes ont toujours recherché la beauté. Les Japonaises, particulièrement attirées par les teints clairs, se poudraient déjà de blanc au VIIIe siècle, à l’époque de Nara. Cette pratique devient un signe de beauté à l’époque Heian, du IXe au XIIe siècle, comme en attestent certains passages du Journal de Murasaki Shikibu ou du Dit du Genji. Se maquiller la peau en blanc était alors un signe de statut social dans l’aristocratie.
A l’époque d’Edo, du XVIIe au XIXe siècle, la mode du teint clair s’étend au peuple, et on privilégie une peau moins maquillée, plus naturelle. Miyako fûzoku keshôden (Le Guide de la beauté dans la capitale), publié au début du XIXe siècle et best-seller pendant plus d’une centaine d’années, prône un teint frais et naturel. Comment se laver le visage, préparer un masque à partir de litharge ou traiter l’acné avec des herbes médicinales… ce livre présente toute une palette de procédés pour avoir une belle peau.
« Le teint clair recherché par les Japonaises désigne, plus qu’une peau blanche, une peau satinée, "luisante comme le verre", surtout à partir de l’époque d’Edo où l’on s’applique à obtenir une belle peau au naturel », explique Tomizawa Yôko de l’Institut de recherche Pola sur la beauté et la culture. A l’époque, les femmes passaient, semble-t-il, beaucoup de temps à se maquiller de façon à mettre en valeur leur grain de peau et leur teint ; elles appliquaient et enlevaient les couches de maquillage à plusieurs reprises, se frottaient les joues avec un linge de coton, se poudraient de façon à faire ressortir la luminosité de leur peau… tous conseils donnés dans le Guide de la beauté dans la capitale.
Pour les femmes, le maquillage était une question de bienséance, à tel point qu’elles restaient maquillées du matin au soir, et même pendant le bain. Cependant, se montrer en train de se maquiller était inconvenant. Cette « étiquette du maquillage », encore bien vivante aujourd’hui, est peut-être, pour Mme Tomizawa, la raison pour laquelle il est mal vu de se maquiller dans le train.

Les couleurs de base : blanc, rouge et noir
Le noir — noir de la chevelure des Japonaises, noir des dents peintes des femmes mariées — était aussi un symbole de beauté et d’élégance. Les traditions japonaises voulant qu’une femme se noircisse les dents après son mariage (ohaguro) et qu’elle se rase les sourcils après avoir mis au monde un enfant sont liées à une esthétique morale d’effacement des sentiments. Cette expression de modestie faisait partie de la bienséance (les femmes de l’aristocratie ont cessé de se noircir les dents en 1870, lorsque cette pratique a été interdite de crainte que les Occidentaux la considèrent comme sauvage ; les femmes du peuple ont continué jusqu’à l’ère Shôwa).
Pendant longtemps, le maquillage des femmes japonaises a donc cherché à exprimer modestie et discrétion. Parallèlement, dans les grandes villes comme Osaka, Kyoto ou Edo (Tokyo), se développe une culture de l’élégance, pour aller au spectacle ou à la fête des cerisiers en fleur. Inspirés des toilettes des acteurs de kabuki et des courtisanes, alors prescripteurs en matière de mode, les vêtements aux couleurs vives deviennent à la mode. En même temps, les joues et les lèvres, le regard et les oreilles sont soulignés de rouge.
Ces trois couleurs — blanc, rouge et noir — constituent la palette de base du maquillage japonais, comme chez les acteurs de kabuki par exemple. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié de l’ère Meiji, lorsque la culture occidentale commence à se propager, que les Japonaises adoptent un maquillage aux couleurs plus variées.




