Une nouvelle érotique couronnée par un prix décerné par des femmes
« Le prix R-18 avait ceci d’attirant que pour concourir, il suffisait de proposer un manuscrit de trente pages alors que pour les autres prix littéraires, il en fallait au moins cent. J’ai pensé que pour moi, écrire une trentaine de feuillets tout en continuant mon travail de rédaction était un objectif réaliste. Qui plus est, le thème imposé sur le sexe me convenait particulièrement en raison de mes activités de rédactrice freelance. J’ai situé l’action dans une maternité parce que c’est là que j’ai accouché et que j’avais visité d’autres établissements du même genre dans le cadre des articles que j’écris. »
Mikumari relate les amours d’un lycéen appelé Takumi et de Satomi, une femme mariée de douze ans son ainée. Outre les scènes de sexe sur fond de films d’animation, la nouvelle de Kubo Misumi décrit de manière très vivante les activités scolaires et la vie de Takumi qui aide sa mère, une sage-femme, à gérer la maternité qu’elle dirige. Un an plus tard, la romancière a intégré Mikumari dans un livre intitulé Fugainai boku wa sora o mita. En fait, il s’agit d’une suite. Satomi prend un traitement contre la stérilité sur les conseils de sa belle-mère tandis que Ryôta, un camarade de classe de Takumi, s’efforce de subvenir à ses besoins et à ceux de sa grand-mère atteinte de démence, en travaillant à mi-temps. Ce livre a obtenu le prix Yamamoto Shûgorô 2011 et il a été porté à l’écran l’année suivante.
Une stratégie de survie
Les personnages de Kubo Misumi ont souvent une attitude positive dans la vie, même quand ils ont des difficultés. Et cette tendance est une constante dans son œuvre, de Mikumari jusqu’à Haha no ren’ai. Au moment où la situation de nombreuses mères célibataires s’avère particulièrement ardue, la romancière leur propose, en se fondant sur sa propre expérience, de chercher de l’aide auprès de leur entourage et de reprendre espoir en adoptant une stratégie de vie au jour le jour.
« Un jour, j’ai dû partir en voyage pour mon travail. Mon fils était encore petit et je ne pouvais pas le laisser à la crèche parce qu’il avait de la fièvre. Ne pouvant compter ni sur mon mari ni sur ma mère, je me suis donc raccrochée à une amie célibataire qui a accepté de le garder. Dans Haha no ren’ai, Yukiko peut compter sur le soutien de sa mère et de sa belle-mère. Mais il suffit souvent de demander de l’aide y compris en dehors du cadre de la famille pour que les bonnes volontés se manifestent. En tout cas, c’est quelque chose que la vie m’a appris. »
Après la naissance de son fils, Kubo Misumi a dû s’organiser pour pouvoir l’élever tout en travaillant pour améliorer le budget de la famille. « Lorsque je me suis séparée de mon mari, mon fils avait quinze ans. Mais il a fallu attendre un certain temps avant que le divorce soit officiellement prononcé et enregistré sur les registres d’état civil. Et je n’ai eu droit à aucune indemnité. » Quand son premier livre est devenu un succès de librairie, Kubo Misumi a accordé des entretiens où elle explique que si elle a pu payer les études de son fils c’est grâce à ses droits d’auteur.
« Dans ma vie, il y a eu des moments où j’étais totalement absorbée par mon travail et où je ne pensais qu’à ça. Tous les soirs, j’étalais des journaux sur le sol sans savoir de quoi le jour suivant serait fait. Après mon accouchement, je suis devenue rédactrice freelance et il a bien fallu que je travaille en dépit de mon manque de pratique en la matière. C’est alors que j’ai découvert qu’il suffisait de frapper à certaines portes pour qu’elles s’ouvrent et cette expérience réussie fait à présent partie intégrante de moi-même. Plutôt que de déplorer le faible niveau de mes revenus ou l’absence de régularité de mon travail, je préfère me dire que je fais de mon mieux en attendant qu’une nouvelle porte s’ouvre. Au lieu de s’inquiéter pour l’avenir, mieux vaut vivre au jour le jour en se concentrant patiemment sur les petits détails. Je crois qu’être capable de penser et d’agir à court terme est quelque chose d’important dans une stratégie de survie. »
Le rôle important des générations précédentes
Depuis qu’elle elle a cinquante ans, Kubo Misumi éprouve une envie croissante d’écrire sur la vie des femmes des générations précédentes. En 2019, elle a publié Trinity, un roman consacré à trois Japonaises qui se sont rencontrées dans le secrétariat de rédaction d’un nouveau périodique en 1964, l’année des Jeux olympiques de Tokyo. Et en ce moment, une autre de ses œuvres intitulée Kajitsu kyôsô est en train de paraître dans une revue, sous forme de feuilleton illustré. Elle raconte l’histoire d’une Japonaise qui a vécu durant la première moitié du XXe siècle.
« On a tendance à considérer cette période comme vraiment sombre. Il est vrai que depuis, la vie est devenue un peu plus facile pour les femmes. Si je veux écrire à ce sujet, c’est parce qu’il y a eu des femmes qui ont réussi à faire leur chemin dans une société dominée par les hommes et que c’est grâce à elles que nous sommes arrivés là où nous en sommes aujourd’hui. »
Oui il y a de la pauvreté au Japon
Kubo Misumi envisage par ailleurs de se lancer dans l’écriture d’essais. Cette année verra aussi la publication de la traduction en anglais de son premier roman Fugainai boku wa sora o mita (So We Look to the Sky en anglais).
« Quand le livre est paru en 2010, certains lecteurs ont découvert qu’il y avait des enfants qui vivaient dans la misère au Japon. Je souhaite vivement que des gens vivant dans d’autres pays du monde lisent mon livre et qu’ils prennent eux aussi conscience du problème de la pauvreté au Japon. »
(Texte et interview de Kubo Misumi par Itakura Kimie, de Nippon.com. Photos : Nakabayashi Kaori)