La « fin de la civilisation »
Les bombes atomiques que les États-Unis ont larguées sur Hiroshima et Nagasaki vers la fin de la Seconde Guerre mondiale ont été responsables de dégâts sans précédent dans l’histoire de l’homme. Les deux villes ont subi la chaleur extrême et l’énorme souffle produits par l’explosion, et ont aussi souffert des radiations résiduelles. Sous le champignon atomique, peu importe la nationalité, le genre ou la religion : enfants, personnes âgées, femmes, prisonniers de guerre américains, anglais ou hollandais, travailleurs coréens, tous ont été les victimes d’un massacre sans discrimination.
La population de Hiroshima était alors de 327 000 personnes, environ 350 000 si on inclut les militaires. Fin 1945, le nombre des victimes était estimé entre 130 000 et 150 000, tandis que 74 000 de ses 240 000 habitants de Nagasaki ont perdu la vie.
Les survivants de la bombe atomique ont vu de leurs propres yeux sa puissance dévastatrice et ont fait l’expérience de « la fin de la civilisation » parmi les décombres de la ville. Ce sentiment se reflète clairement dans la déclaration pour la paix de 1947 prononcée par Hamai Shinzô (1905-1968), maire de Hiroshima au cours de la première commémoration de la paix alors que les travaux de reconstruction venaient à peine de commencer. La cérémonie s’est déroulée dans un décor d’habitations provisoires et se déroule toujours aujourd’hui le 6 août de chaque année.
« Cette arme horrible a conduit à une révolution idéologique nous amenant à nous rendre compte de la nécessité et de la valeur d’une paix éternelle. En d’autres termes, avec la bombe atomique, le monde a réalisé qu’une guerre mondiale nucléaire supposait la fin de la civilisation et l’extinction du genre humain. Nous devons poser les bases d’une paix absolue qui implique la naissance d’une nouvelle vie et d'un nouveau monde », déclarait M. Hamai.
Un chemin difficile vers la reconstruction
Autrefois centre de commande régional militaire, la ville de Hiroshima s’est transformée en une ville de paix après la tragique expérience de la guerre et de la bombe atomique. En 1949, la Diète adopta la Loi pour la construction de Hiroshima comme ville commémorative de la paix. Cette législation fut promulguée en août de cette année grâce à un appui écrasant exprimé par un référendum local. Cette loi est le fondement de la construction du Parc mémorial de la paix de Hiroshima incluant le Cénotaphe et le Musée mémorial de la paix ainsi qu’un plan de reconstruction ambitieux visant à faire de Hiroshima une ville culturelle internationale pour la paix. Cependant, même dans les années 70, il restait des baraques dans la partie nord du Dôme de la bombe atomique et la reconstruction n’était pas chose aisée.
« L’enfer sur Terre », c’est seulement par ces mots que beaucoup de survivants parviennent à qualifier la scène de désolation produite par la bombe atomique. Leurs blessures, tant bien physiques que psychologiques, peuvent être traitées médicalement, mais ne guériront jamais réellement. Ils craignent jour après jour que les radiations aient des effets à retardement et peut-être même des conséquences génétiques sur leurs enfants. S’ajoute à cela une discrimination dans le cadre du mariage et de la recherche d’emploi. Une grande partie d’entre eux ont pris des années à surmonter la douleur et la haine envers le pays à l’origine de la bombe atomique. Aujourd’hui, ils sont unanimes dans leur souhait que
« personne ne vive le même calvaire ».
La terrible expérience de Hiroshima et Nagasaki ont rendu les Japonais allergiques au nucléaire. Ce sentiment s’est fait encore plus grand après l’incident du 1er mars 1954 dans l’atoll de Bikini où les retombées d’un essai nucléaire américain ont touché un navire de pêche japonais, le Daigo Fukuryû maru.
Cependant, à la même époque, l’annonce d’une utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, avec la création de centrales pour produire de l’électricité, n’a pas suscité de controverse. Beaucoup de spécialistes ainsi que les médias l’ont présentée comme l’énergie idéale capable d’apporter la paix et la prospérité au futur de l’humanité. Même les survivants de la catastrophe ne s’y sont pas opposés. L’argument, avancé par les États-Unis, d’énergie « à faible coût, propre et sûre » ne rencontra pas d’opposition, et la réaction la plus commune était que « l’utilisation à des fins militaires est impardonnable, mais celle à un but pacifique ne pose pas de problème ».

