Le désastre de Fukushima
Le 11 mars 2011, un terrible accident s’est produit à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de la Tepco, entrainant la fusion de plusieurs réacteurs. Jusqu’alors, à l’exception de quelques individus, les survivants de la bombe atomique n’abordaient pas le sujet des centrales nucléaires dans leurs activités de témoignage sur Hiroshima et Nagasaki. Lors de l’incident de Tchernobyl de 1986 en actuelle Ukraine, une énorme quantité de radiations avaient été émises, mais cet accident dans un pays lointain n’avait pas permis de ressentir un réel danger. Cela a radicalement changé avec Fukushima. Une grande part des survivants qui témoignent de leur expérience de la bombe atomique déclarent qu’ils pensaient que la bombe atomique et l’énergie nucléaire étaient deux choses totalement différentes, et regrettent de ne pas s’y être opposés également jusqu’à maintenant.
Lorsqu’un accident nucléaire incontrôlable se produit, des dégâts importants et irréversibles sont infligés non seulement aux hommes, mais aussi à la faune, à la flore et à l’environnement. Et même si aucun accident se produit, le stockage de tonnes de déchets nucléaires, s’amassant avec le temps, ainsi que la sécurité des employés travaillant dans les centrales, sont sources d’inquiétudes.
Des agriculteurs et pêcheurs des zones de Fukushima touchées par le désastre de 2011 ont déclaré : « Après la fin de la guerre, on disait, la nation est à genoux mais le pays est debout, maintenant on pourrait dire, la nation est prospère mais le pays est anéanti. Nous ne voulons pas d’indemnisations. Un pêcheur a besoin de la mer pour vivre. Il ne nous reste ni rêve ni espoir.»
La colère et la souffrance des agriculteurs qui ont dû quitter leurs terres et des pêcheurs qui ne peuvent toujours pas aller en mer deux ans et demi plus tard à cause de la pollution radioactive, soulèvent la question : « Qu’est-ce que les Japonais ont retenu du passé » à travers l’expérience de Hiroshima, Nagasaki et l’atoll de Bikini.
Victimes de la radioactivité dans le monde

Que ce soit dans un but militaire ou pacifique, tous les stades du processus de la combustion nucléaire, de l’exploitation de l’uranium jusqu’au traitement des déchets radioactifs produisent des radiations néfastes au corps humain. Il n’est donc pas étonnant de trouver des victimes des radiations dans tout le monde. Le journal Chûgoku Shimbun qui a perdu 114, soit environ un tiers de ses employés à cause de la bombe de Hiroshima, a publié 3 ans après l’accident de Tchernobyl en 1989 une série d’articles pendant une année présentant les victimes des radiations dans 21 régions de 15 nations, dont les États-Unis et plusieurs pays de l’ex-URSS. Le but était de dénoncer le danger de la dépendance au nucléaire et demander l’arrêt de la construction de centrales nucléaires.
Reposez en paix.
Nous promettons de ne pas répéter
les erreurs du passé.
L’épitaphe gravée sur le Cénotaphe du Parc mémorial de la paix de Hiroshima exprime la volonté de ne jamais laisser se reproduire ce qui s’est passé à Hiroshima et Nagasaki, et qu’il n’y ait plus de guerre ou de victimes de radiations.
Tragédie nucléaire : un patrimoine à ne pas léguer aux générations futures
Pour un nombre croissant de personnes dans le monde, il est clair que les armes nucléaires ne sont pas des symboles de puissance, mais de misère et de mal absolu. C’est probablement le fruit des efforts de dénonciation menés par les victimes de radiation et des citoyens du monde entier. L’opinion publique réclame également de plus en plus une transition non pas vers le nucléaire qui est trop dangereux, mais vers des énergies sûres, durables et renouvelables. Les citoyens du monde entier ne permettront pas la transmission forcée de cet héritage, fruit de l’ère atomique, aux générations et à notre planète de demain.
C’est en délaissant ses arsenals militaires excessifs, en vivant ensemble et en harmonie avec la nature, en chérissant chaque vie, et en se respectant les uns les autres, que l’humanité pourra surmonter les difficultés auxquelles elle fait face, tel l’héritage tragique laissé par l’ère nucléaire. Les hommes pourront alors trouver un chemin réaliste qui leur permettra d’aller de l’avant. Cette pensée pacifiste n’est-elle pas présente dans la Constitution du Japon ? Elle s’incarne aussi avec les survivants de Hiroshima et Nagasaki, au travers de leur expérience de la bombe atomique et des horreurs qu’elle a engendrées. Il est vital de ne pas oublier ce qui est arrivé dans ces deux villes, pour qu’un jour nous puissions vivre dans un monde de paix, libre de toute menace nucléaire.
(D'après l'original en japonais paru le 5 novembre 2013. Des modifications ont été apportées à la version française de cet article le 5 août 2015. Photographies : Chûgoku Shimbun)


