Le jésuite japonais Sébastien Kimura
Au fur et à mesure de l’importance du christianisme au Japon, son influence est venue menacer la domination du bouddhisme et le pouvoir même du gouvernement central, ce qui l’a conduit à être traité avec hostilité, puis à être réprimé et combattu. Le premier martyr chrétien au Japon serait Maria Osen, une femme de Hirado exécutée en 1559 après avoir désobéi à l’ordre de son mari de cesser d’adorer la croix.
Toutefois, le plus célèbre des martyrs de Hirado est Sébastien Kimura (1565-1622), le premier prêtre catholique japonais. La famille Kimura avait été chargée par le seigneur de Hirado d’offrir l’hospitalité à Xavier à son arrivée sur l’île en 1550. Une traduction de certains passages bibliques, achevée pendant que Xavier était à Kagoshima, a fait forte impression sur le chef de la maison Kimura, qui a été parmi les 100 premiers habitants de Hirado à être baptisé, recevant le nom chrétien d’Antonio.
Les descendants d’Antonio Kimura étaient étroitement liés à l’histoire ultérieure du christianisme dans la région. Le petit-fils d’Antonio, Sebastian, naît en 1565 et est baptisé très jeune. À l’âge de 12 ans, il devient l’assistant d’un prêtre catholique, jouant un rôle similaire à celui des novices bouddhistes de l’époque.
Malgré la réticence initiale des jésuites à nommer des prêtres japonais, vers 1580, ces derniers finissent par comprendre l’importance de créer un clergé local pour poursuivre leur mission d’évangélisation. En 1585, à l’âge de 19 ans, Sebastian Kimura rejoint la Compagnie de Jésus.
Juste deux ans plus tard, le 24 juillet 1587, peu de temps avant l’achèvement de la réunification du Japon, le shogun Toyotomi Hideyoshi publie l’édit d’expulsion des chrétiens, forçant les croyants à quitter Kyoto et d’autres endroits. Si certains d’entre eux choisissent l’Inde pour exil, d’autres se retirent à Hirado ou à Nagasaki, où le christianisme était particulièrement fort. Ici, les dirigeants régionaux et même les daimyô (seigneurs féodaux) avaient été baptisés, et ce n’est qu’après de nombreuses années que l’édit d’expulsion a été mis en application avec succès dans ces régions.
C’est dans ces circonstances que Sebastian Kimura poursuit son apprentissage du christianisme dans des refuges tels que Shimabara et Amakusa. En 1595, il devient le premier Japonais à fréquenter le collège jésuite de Macao.
Arrêt et exécution
En 1600, année durant laquelle Tokugawa Ieyasu prend le contrôle du Japon suite à la bataille de Sekigahara, Sebastian Kimura retourne dans son pays natal depuis Macao. En septembre 1601, à l’âge de 36 ans, il est ordonné prêtre.
Il est d’abord affecté à Kawachi-no-ura, à Hirado. Mais en 1614, la persécution des chrétiens s’intensifie et de nombreux prêtres sont chassés du pays, bien qu’un nombre considérable de fidèles continuent à adorer le Christ en secret. Le 29 juin 1621, Sebastian Kimura est dénoncé aux autorités par une servante qui avait été amenée au Japon depuis la Corée en tant qu’esclave, et qui croyait qu’en le trahissant, elle gagnerait sa liberté. Kimura et d’autres croyants sont appréhendés avant d’être exécutés sur la colline de Nishizaka en septembre 1622 (le pape François s’y est rendu en novembre 2019). Malgré la persécution, de nombreux chrétiens sont restés cachés, pratiquant secrètement pendant des siècles. Ces chrétiens ont été finalement découverts en mars 1865 par le prêtre français Bernard Petitjean. (Voir notre article à ce sujet : Les îles Gotô : sur les traces des « chrétiens cachés » du Japon)
Le retour du christianisme
En 1873, le gouvernement Meiji nouvellement établi après la Restauration autorise de nouveau la pratique du christianisme. Cependant, il a fallu plusieurs décennies pour que des églises catholiques soient à nouveau construites sur le terrain raboteux de Hirado. Les jésuites ne sont revenus au Japon qu’au début du XXe siècle.
Aujourd’hui, il y a environ 130 églises dans la préfecture de Nagasaki, dont de nombreuses sont situées à Hirado. La plus connue d’entre elles est l’église mémorial Saint François Xavier, construite en 1931 pour remplacer une structure antérieure établie en 1913. Pour célébrer son quarantième anniversaire en 1971, une statue du missionnaire espagnol a été érigée à proximité. Alors que le clocher de l’église peut être vu depuis de nombreuses rues de Hirado, le lieu d’observation le plus célèbre reste celui s’élevant entre les temples de Kômyô-ji et Zuiun-ji.


