« Je fais ce qui me plaît, sans me mentir à moi-même »

Après la séparation, PANTA continue à écrire et composer, en solo ou avec un nouveau groupe, mais aussi pour d’autres artistes ; il produit également des idoles. Il a même sorti un album de chansons d’amour, boycotté par les fans de Zunô Keisatsu. Après les albums R.E.D. en 1986 et Kristall Nacht en 1987, l’idée lui vient de reformer Zunô Keisatsu.

« Quand je donnais des concerts, mes nouvelles chansons n’étaient pas du tout en accord avec celles que j’avais écrites durant ma précédente carrière solo. Ce qui allait le mieux avec, c’étaient les titres de Zunô Keisatsu. On vivait la même atmosphère qu’à l’époque, en 1989, l’année de la chute du mur de Berlin. J’ai senti que les chansons de Zunô Keisatsu étaient une nouvelle fois en phase avec le monde. »

En 1990, avec de nouveaux membres, Zunô Keisatsu se reforme au bout de quinze ans d’absence. Puis, après deux albums studio et une tournée nationale, le groupe se remet en sommeil pour dix ans. À partir de 2001, PANTA le fait revivre épisodiquement, en parallèle de sa carrière solo. En 2019, pour ses 50 ans, Zunô Keisatsu renaît avec de jeunes musiciens dans la vingtaine. PANTA s’est-il une nouvelle fois senti en phase avec l’atmosphère ambiante ?

« Non, à vrai dire, je ne me préoccupe pas spécialement de l’époque. Je fais ce que j’ai envie de faire et il arrive que ce soit dans l’air du temps. Je fais ce qui me plaît, sans me mentir à moi-même ; j’ai toujours fonctionné comme ça. »

Concert des 50 ans donné sous une tente dans l’enceinte du sanctuaire Hanazono à Shinjuku (7 avril 2019) ©2020 ZK PROJECT
Concert des 50 ans donné sous une tente dans l’enceinte du sanctuaire Hanazono à Shinjuku (7 avril 2019) ©2020 ZK PROJECT

Une expérience fondatrice

Un épisode relaté au début du documentaire permet de saisir ce détachement. PANTA, qui a accompagné la naissance de la scène rock japonaise et le demi-siècle suivant, revient sur une expérience musicale fondatrice.

« Quand j’étais écolier, j’adorais la pop américaine et Elvis Presley et puis, à l’âge de 14 ans, en 1964, j’ai découvert les Beatles. Ça a été une expérience fondatrice, mais au fil de mes longues années dans la musique, un jour, j’ai soudain réalisé que mon point de départ en matière de musique, c’était autre chose. »

C’est ainsi qu’on découvre un fait peu connu : le père de PANTA travaillait sur une base américaine. Le rocker anticonformiste célébré par les gauchistes engagés dans les mouvements de protestation contre le traité de sécurité nippo-américain a, dans son enfance, joué à monter sur les vrais tanks de la base, l’environnement dans lequel évoluait son père.

« Le sergent Merrick, un bon ami de mon père, jouait avec moi. On est allés s’allonger sur la colline et il a sorti son harmonica alors que le soleil se couchait. L’entendre m’a comme électrisé. J’ai su après que l’air qu’il avait joué était My Old Kentucky Home. C’est ça, ma rencontre avec la musique. Et en effet, si j’examine ma propre musique, on retrouve ici et là des traces de Steven Foster(*1). Ça ne se remarque peut-être pas, mais moi, je le sais. Elle est là, mon expérience fondatrice. »

Ensuite influencé par Presley et les Beatles quasiment en temps réel, PANTA a grandi avec le rock. Aujourd’hui, ce témoin de toute une époque compose de nouveaux morceaux et joue avec des jeunes gens nés dans les années 2000. Le documentaire permet aussi de savourer ce dialogue musical par-delà les générations.

Les membres actuels de Zunô Keisatsu : de gauche à droite, Sawa Ryûji (guitare), Higuchi Motonosuke (batterie), PANTA, Miyata Gaku (basse), TOSHI et Ôkubo Kei (claviers) ©2020 ZK PROJECT
Les membres actuels de Zunô Keisatsu : de gauche à droite, Sawa Ryûji (guitare), Higuchi Motonosuke (batterie), PANTA, Miyata Gaku (basse), TOSHI et Ôkubo Kei (claviers) ©2020 ZK PROJECT

La fin du documentaire a été ajoutée à la dernière minute, alors que le coronavirus secouait le monde entier. Il s’agit d’un nouveau titre, « Ô paysage magnifique » (Zekkei kana), enregistré live mais sans public car le concert prévu a été annulé, et chargé d’émotions variées.

« Au bout du tunnel qu’est la crise actuelle, peut-être un paysage magnifique nous attend-il. C’est le message que je voulais faire passer. Ces cinquante dernières années, il m’a souvent semblé que le monde n’évoluait pas, mais après le coronavirus, il y aura des changements. Le mouvement de protestation contre le racisme anti-noirs s’est élevé en pleine crise du Covid-19. Il n’y aura pas de retour en arrière. On cherche tous quelle forme cela prendra. Bien sûr, le rock aussi va changer. Les concerts adopteront certainement une nouvelle forme. Moi, ce qui m’intéresse, c’est surtout de voir comment la musique va évoluer. Coexistence avec le virus, et avec l’intelligence artificielle ! »

PANTA s’intéresse à « l’ère de l’intelligence artificielle » qui attend l’humanité. L’heure des chansons composées par des musiciens virtuels qui donnent des concerts sans verser la moindre goutte de sueur a déjà sonné, explique-t-il non sans joie. Pour lui, le rock, n’est-ce pourtant pas précisément chanter en chair et en os devant son public, faire entendre sa voix directement ?

« Si cette possibilité disparaît, tant pis. D’autres apparaîtront. Je suis inflexible sur certaines choses, mais je sais aussi me laisser porter par l’époque. Comme mon nom l’indique, panta rhei : “Tout passe”. On ne peut pas stopper le vent du changement. Je plonge mes racines dans le sol, mais en vivant avec mon temps, comme le roseau au bord de la rivière. »

(Interview et texte de Matsumoto Takuya, de Nippon.com. Photos : Hanai Tomoko, sauf mention contraire)

©2020 ZK PROJECT
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zk/Zunô Keisatsu 50 – Mirai he no kodô

Bande-annonce

(*1) ^ (1826-1864), Compositeur considéré comme le père de la musique américaine. Auteur de My Old Kentucky Home, Oh! Susanna et Camptown Races, entre autres.