« On peut mourir à tout moment »
Toshimi avait une autre raison à ce désir de se dévoiler véritablement. Envoyée au Caire en avril 2005, elle y a passé cinq ans. Elle y est donc arrivée après la proclamation de la fin de la guerre en Irak, mais les combats continuaient par endroits, et il y avait de nombreux attentats terroristes en Afghanistan et au Pakistan.
« J’ai eu à effectuer de nombreux reportages dans des lieux où la vie comptait peu, où beaucoup de gens étaient blessés. J’y ai alors appris beaucoup de choses sur la vie, et notamment le fait qu’on peut mourir à tout moment. Ces cinq ans au Moyen-Orient m’en ont profondément fait prendre conscience. Et j’en suis arrivée à penser que mieux valait vivre de manière à ne pas avoir de regrets. »
Avant de partir pour le Caire, Toshimi avait couvert le séisme et le tsunami dans l’Océan indien de fin 2004. Un tremblement de terre de magnitude 9 au large de Sumatra et le tsunami monstre qu’il a entraîné ont causé la mort de plus de 200 000 personnes.
« Je suis partie en reportage en janvier 2005 en Indonésie, et j’y ai découvert une situation si terrible que les mots manquaient pour la décrire. À perte de vue, ce n’était que ruines, et je me suis dit que je ne reverrais probablement plus jamais de choses aussi terribles. Après mon retour au Japon en 2010, j’ai de nouveau été happée par le rythme de Tokyo et mon quotidien intense. Toutes les leçons que m’avaient appris le Moyen-Orient et l’Indonésie étaient devenues vaines. Lorsque j’ai fêté mes 36 ans, je me suis vraiment demandé ce que je voulais faire de ma vie. »
Puis il y a eu en mars 2011 le grand tremblement de terre du l’est du Japon, la confrontant de nouveau à des ravages qu’elle avait cru ne plus jamais avoir à expérimenter. « À ce moment-là, encore une fois, je me suis dit que je devais être honnête avec moi-même, parce que nul ne sait quand il mourra. »
L’heure du coming-out professionnel
À son retour d’Égypte déjà, Toshimi n’avait pas la même apparence physique : ses cheveux étaient plus longs, elle avait minci et était devenue plus pâle de peau. Elle a dû alors affronter certaines remarques de ses collègues ainsi que des regards désapprobateurs.
C’est lorsqu’elle pensait avoir atteint la limite de ce qu’elle pouvait se permettre en tant que reporter masculin devant la caméra qu’elle a été mutée et affectée à la production d’émissions sur le cinéma. Son nouveau supérieur hiérarchique était une femme.
« Elle était d’un abord facile, et m’a soutenue. J’ai pensé qu’elle pouvait me comprendre et qui sait, m’orienter vers le bon chemin à suivre. En 2012, j’ai fait mon coming-out avec elle. »
Avant d’expliquer ce qu’il en était à son employeur, Toshimi est d’abord allée voir un spécialiste, parce qu’il fallait prouver objectivement qu’il n’était pas question d’une simple inclination mais d’une manière de vivre. Et si son entreprise a pu finalement faire preuve de compréhension, c’est aussi grâce au fait que son supérieur hiérarchique est une femme.
« Ma supérieure m’a remerciée pour mon coming-out, et m’a même recommandé de m’affirmer plus radicalement telle que je désirais être. Comme je n’avais plus à cette époque à paraître en face de la caméra, j’ai commencé à m’habiller d’une manière plus féminine et à me maquiller. »
C’est dans ce contexte qu’elle a choisi d’affronter à nouveau la caméra, cette fois-ci, en participant à l’émission d’actualités News Zero. Cela a suscité différentes réactions. Toshimi explique qu’elle a reçu de nombreux mails et messages.
« J’étais très contente que mon initiative réjouisse beaucoup de monde, et m’apporte tant de réactions positives. Mais en même temps, comme mon objectif n’est pas d’être transgenre, mais de devenir une femme à part entière, cela a suscité chez certains téléspectateurs une forme de malaise. Ce n’était pas encore réellement moi à la télévision. Puisque j’avais décidé d’imposer mon identité par des mots, j’ai eu envie de réussir à transmettre un message plus net. »

